En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

L’annonce de la Bonne Nouvelle

Publié le Lundi 4 janvier 2010


 Philippe de Champaigne (1602-1674) , Les Aveugles de Jéricho, « Paysage avec les aveugles de Jéricho ». Philippe de Champaigne, 1655-1660. © The Putnam Foundation, Timken Museum of Art, San Diego.

 

Contemporain de Poussin, Philippe de Champaigne travailla pour la reine mère, Marie de Médicis, ainsi que pour Richelieu. Il décora le palais du cardinal, le dôme de l'église de la Sorbonne et d'autres bâtiments. Il fut l’un des membres fondateurs de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture en 1648. Il tomba sous l'influence du Jansénisme, et après que sa fille paralysée fut miraculeusement soignée au couvent de Port-Royal, il peignit en 1662 le célèbre et pourtant atypique Ex-voto représentant sa fille avec la mère supérieure Catherine-Agnès Arnault. Son oeuvre est vaste, il a laissé nombre de tableaux religieux et de portraits. Influencé par Rubens au début de sa carrière, son style deviendra de plus en plus austère.

Ce tableau « Les aveugles de Jéricho » montre Jésus parcourant la montagne avec une foule disparate, extrêmement nombreuse derrière lui : tous marchent à sa suite vers un but qu’il désigne en avant. C’est le paysage qui donne sens à la scène : la claire lumière matinale baigne le fleuve, le rocher et l’étendue de la plaine. Cette lumière, encore plus que le cortège  qui entoure Jésus manifeste l’espoir d’une ère nouvelle.

Champaigne fait ici preuve d’une grande virtuosité, alliant perfection et simplicité, l’atmosphère est sereine.  La construction est rigoureuse, correspondant au caractère austère de l’artiste, les lointains montagneux et les horizons azurés rappellent Poussin.

C’est la lumière qui devient le sujet principal du tableau, mais cette lumière n’est-elle pas provoquée par Jésus, qui apparaît au milieu de la foule ? Son manteau bleu répond au bleuté de la montagne dans le lointain

 



Le texte biblique

 Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée.

  Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.

 Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe :

  Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens :

  le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée.

  A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »

 

  Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

 Sa renommée se répandit dans toute la Syrie et on lui amena tous ceux qui souffraient, atteints de maladies et de tourments de toutes sortes : possédés, épileptiques, paralysés ; et il les guérit.

  De grandes foules le suivirent, venues de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et de la Transjordanie.

Mt 4, 12….25



Commentaires

 Pour Matthieu, la disparition de Jean Baptiste marque la fin d’une ère, celle de la « Loi et des prophètes »  (« tous les prophètes ainsi que la loi ont prophétisé jusqu’à Jean » Mt 11,13), relayés par la mission du Fils de Dieu. Ainsi Jésus commence une nouvelle phase de sa vie : il quitte Nazareth et va habiter Capharnaüm pour annoncer la Bonne Nouvelle en Galilée.

 Jésus « se retire » : c’est une retraite devant l’hostilité d’Hérode Antipas, qui a été responsable de la mort de Jean Baptiste et un passage à un nouveau terrain d’action, la Galilée.

Ce déplacement de Jésus correspond à une intention théologique de la part de Matthieu. Il « accomplit » (c’est à dire donne son plein sens) ce que le prophète Isaïe avait annoncé  (Is 8,23, 9,3). Matthieu cite le texte d’Isaïe, mais avec quelques modifications : Isaïe parlait du « peuple qui marchait dans les ténèbres » ( Is 9,1) et Matthieu préfère qui « habitait » (littéralement « était assis »), tirant ce verbe du psaume 106, 10, (qui parle des exilés d’Israël).

De plus Isaïe parle d’une grande lumière vue par le peuple, et Matthieu préfère dire qu’ une lumière s’est levée, rappelant ainsi d’autres textes d’Isaïe qui promettent le « lever » de la lumière sur les assoiffés de justice  (Is 58,8-10) ou qui annoncent le « lever » de la gloire divine pour le retour des exilés (Is 61,1). Matthieu rappelle aussi ce qu’il a écrit précédemment de l’astre qui s’était levé pour guider  les mages païens vers l’Emmanuel (Mt 2,2.9).

En effet le lecteur connaît bien la suite du texte d’Isaïe (Is 9,5-6) qui prophétise l’avènement royal de l’Emmanuel : « car un enfant nous est né, un fils nous a été donné … il y aura une souveraineté étendue et une paix sans fin.. ».

 

La communauté autour de Jésus bâtissait sa foi dans ce va et vient entre la Christ et les Ecritures. C’est Jésus qui indique comment lire ces textes du Premier Testament.

Ainsi pour Matthieu la Galilée, qualifiée par Isaïe de « carrefour des païens » symbolise le monde païen :  les noms de Zebulon et de Nephtali évoquaient  l’exil et la dispersion, plaie ouverte avivant l’espoir  d’un rassemblement de tout le peuple de Dieu.

 

Jésus s’exprime pour la première fois publiquement, il veut annoncer qu’il commence sa route vers Jérusalem où il souffrira. Il annonce le Royaume des cieux et lance un appel à la conversion. Selon la pensée juive de ce temps, l’avènement  du Royaume de Dieu dépend  de l’accueil que lui feront les hommes,

 

Jésus parcourt la Galilée, enseignant dans les synagogues et guérissant les malades.

La renommée de Jésus dépasse les frontières, atteint les régions paganisées comme la Décapole et surtout la Syrie.  Il est beaucoup question de maladies et de possessions : Jésus vit dans une culture pour laquelle la maladie , la possession ou la misère se confondent  et sont perçues comme le mal par excellence. Ce sont des foules qui suivent Jésus, des gens bigarrées de toutes origines et Jésus leur annonce la bonne Nouvelle. Ce texte annonce donc le sermon sur la montagne de Jésus et les Béatitudes.

 

 

 

 

Partagez cette page :

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux

© Cetad 2020 - Tous droits réservés