En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

jeudi de Pâques ; les disciples d’Emmaüs

Publié le Jeudi 12 avril 2007



Francisco Zurbaran 1598–1664, le repas d’Emmaüs , 1639, musée de Mexico. Ce récit, très célèbre, est sans cesse lu et relu en divers lieux d’Eglise, et interprété et représenté en fonction de la spiritualité de l’époque et de celle de l’auteur. Le tableau de Zurbaran est très sombre, la nappe blanche, brillante, sur la table, attire le regard sur l’importance du repas. L’alignement des différents objets, assiettes, pichet, morceau de pain, souligne le caractère hiératique de la scène. Les mains de Jésus, encore plus blanches, rompent le pain, tandis que son regard s’efface dans l’ombre. C’est son corps de ressuscité qui n’est pas visible pour tous. C’est la foi qui fera connaître la présence vivante du Christ jusqu’à la fin des temps.



Le texte biblique


Le récit des disciples d’Emmaüs a pour but de montrer comment, après avoir conversé avec Jésus lui-même sur la route, ils en viennent à reconnaître Jésus lors du souper.

C’est le thème du chemin qui organise le récit, comme une parabole de toute existence humaine devenue existence chrétienne. Remarquons que dans le récit, le compagnon de Cléophas, précisément nommé, lui, n’est pas nommé : serait-ce pour inviter chaque lecteur, homme ou femme, à s’y reconnaître ?

Le chemin des disciples est d’abord un chemin de désillusion, de désespoir : Jésus le Nazaréen, « le prophète puissant en actes et en paroles », dont ils attendaient la « libération d’Israël », selon les paroles de la prophétesse Anne (Lc 2,38), celui-là a été livré par les grands prêtres et les autorités religieuses et il a été crucifié (Lc 24, 19-21).

Voici que quelqu’un les rejoint sur le chemin ; il les accompagne, les écoute, puis les invite à croire : « esprits sans intelligence, lents à croire tout ce qu’ont annoncé les prophètes ». Mais quand il entreprend de leur expliquer les Ecritures en partant de Moïse et de tous les prophètes, les convaincra-t-il davantage ?

Luc insiste sur le lent et difficile cheminement intérieur qui conduit à la foi dans la reconnaissance du Ressuscité. Il souligne aussi que les Ecritures ne peuvent être comprises que sous l’éclairage de la Résurrection, au sein de la foi communautaire et d’une lecture en Eglise ?

Un désir secret travaille le cœur des disciples : « Reste avec nous ». Le repas reprend les paroles et les gestes que Jésus a prononcé lors de l’institution eucharistique le soir de la Cène : « il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donnait ». Cette anamnèse ouvre les yeux des disciples : le pain rompu et partagé fait reconnaître la présence vivante de celui que restera désormais invisible : leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, et lui devint invisible à leurs yeux ». Cette présence est paradoxale, qui ne se reconnaît que dans le retrait et dans l’absence du Ressuscité, mais présence qui s’impose à eux et leur ouvre non seulement les yeux mais aussi compréhension des Ecritures et de toute l’histoire du salut.

La suite du texte montre que la reconnaissance du Ressuscité pousse immédiatement les deux disciples plus loin encore : la foi pascale se vit dans l’annonce, de l’échange et de sa vérification en communauté. Les deux disciples reviennent vers Jérusalem à la rencontre de la première communauté.



Commentaires


Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé. Or, tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas. Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes. L'un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié. Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé. A vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu'elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu'il est vivant. Quelques- uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu. » Il leur dit alors : « Vous n'avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin. Mais ils s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l'un à l'autre : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ? » A l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « C'est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » A leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment ils l'avaient reconnu quand il avait rompu le pain.
Lc 24,13-35

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