En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Saint jean Marie Vianney ; la foi de la cananéenne

Publié le Mercredi 4 août 2010


La cannnéenne, cloitre de Moissac, galerie sud, fin 11e

 

L’abbaye de Moissac, fondée au VIIe siècle, fut rattachée en 1047  à la puissante abbaye de Cluny et devint, dès le XIIe siècle, le plus éminent centre monastique du sud-ouest de la France

L'iconographie du cloitre se développe à la fois sur les chapiteaux et les reliefs des piliers. Complémentaires ils expriment des thèmes majeurs de la pensée de la toute fin du 11e siècle. La communauté des moines y trouvait exemples et sujets de méditation. Le commanditaire a dû être l'abbé Ansquitil (inscription).

Le cloitre compte 45 chapiteaux dont l'iconographie trouve ses sources dans l'AT et le NT, mais aussi dans les vies des saints, ou même l'actualité (croisés à Jérusalem). En fait étonnamment les chapiteaux sont dans le plus grand désordre.

 

Le chapiteau qui représente la Cananéenne est à regarder sur la face Ouest.

Sous la volute de gauche abrité par un édicule aux colonnes torses portant un arc au double tore en plein cintre, est attachée la fille de la cananéenne, tourmentée par un démon. Sa chevelure est dénouée, ce qui est un signe de désordre et elle est simplement vêtue d'une longue jupe.

Sa mère est à droite, sa tête a disparue et porte un long voile.

Elle supplie un disciple (Pierre ?) placé au centre, qui à son tour se tourne vers le Christ, identifiable à son nimbe crucifère.

Notons que sur les autres faces du chapiteau c'est la scène de la guérison de l'enfant du centurion qui est représentée. Les deux miracles se ressemblent et aboutissent à la guérison, et surtout le Christ récompense la foi d'un homme et d'une femme qui ne sont pas d'Israel. L'universalité du message de Dieu, au centre des préoccupations des clunisiens, s'inscrit ainsi en filigrane.

 

Le style est remarquable : les personnages ont un canon élancé, les gestes sont déliés. Le Christ est en mouvement, la robe de la cananéenne forme une belle et vigoureuse ondulation.  



Le texte biblique

 Jésus s'était retiré vers la région de Tyr et de Sidon.

 Voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils

de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »

 Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s'approchèrent pour lui demander : « Donne-lui

satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! »

 Jésus répondit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël. »

 Mais elle vint se prosterner devant lui : « Seigneur, viens à mon secours ! »

Il répondit : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits

chiens. -

C'est vrai, Seigneur, reprit-elle ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui

tombent de la table de leurs maîtres. »

Jésus répondit : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! »

Et, à l'heure même, sa fille fut guérie.

 

Matthieu 15, 21-28



Commentaires

Jésus est maintenant en terre païenne, la région de Tyr et de Sidon. Ces deux noms évoquaient une société païenne fondée sur le commerce et l’import-export. La femme est dite cananéenne car les syro-phéniciens étaient les descendants de l’ancienne population de Canaan. A la différence de Marc, Matthieu semble dire que la femme sortit de ce pays et que Jésus n’y entra pas vraiment. On discerne ici une volonté d'universalisme dans le message de Jésus et la foi en Jésus.

L'important de notre, texte est le dialogue entre Jésus et la Cananéenne. La Cananéenne de loin voit Jésus et crie, elle appelle Jésus au secours. Elle s'adresse à Jésus en le nommant « Seigneur », c'est le titre que donnent les chrétiens de souche païenne , et elle le nomme aussi Fils de David, titre que lui donnent les chrétiens d'origine juive.

Mais Jésus ne répond pas.

Le fait qu'elle soit cananéenne a son importance car d'usage certains peuples ne pouvaient être admis comme prosélytes (païens convertis) parce que les inimitiés ancestrales rendaient leur intégration impossible; les cananéens faisaient partie de ces peuples à jamais exclus

Cette femme est donc une descendante des cananéens, peuple que Dieu avait maudit pour leur

immoralité, leur idolâtrie, et leur dureté de cœur. Non seulement c’est une femme, mais en plus une

païenne, et une païenne de Canaan !

Se convertir voulait dire non seulement croire en Dieu, mais aussi se soumettre au peuple de Dieu, s'intégrer à l'histoire et aux usages juifs. Cela devait être un problème pour les membres de l'Église auxquels s'adresse Matthieu. Ainsi Jésus qui a la mission d'être le Messie du peuple d'Israel, ne lui adresse aucune parole.

La Cananéenne gêne avec ses cris, les disciples aimeraient bien la renvoyer.

La Cananéenne passe outre le silence de Jésus, l'agacement des disciples, et supplie Jésus de venir à son secours (paroles de la liturgie chrétienne)

Elle a conscience que Jésus peut aider, qu'il est le Seigneur, le Messie.

La réponse de Jésus équivaut à un refus blessant, il n'est venu que pour les enfants d'Israël et va jusqu'à lui dire qu'elle ne vaut pas mieux que les petits chiens, expression encore plus blessante dans le monde oriental. Ajoutons qu’en monde juif, le chien est un animal impur, assimilé au païen !

La cananéenne ne s'offusque pas, et elle la païenne ne demande pas plus que les miettes. Elle exprime la foi d'une vraie prosélyte en proclamant le vrai Dieu tout autant que le statut privilégié d'Israël dont Jésus est le Messie.

Et Jésus l'exauce pleinement à la mesure de la confiance qu'elle a placée en lui, la fille est guérie à l'heure même.

La femme par son humilité et la tenacité de sa confiance a forcé la porte qui séparait les peuples, Jésus en elle reconnaît la vraie foi.

 

Courte prière de Jean-Marie Vianney :
Je vous aime, ô mon Dieu, et mon seul désir est de vous aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie (acte d’amour)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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