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Faire fructifier ses talents et reconnaître Jésus comme le Messie

Publié le Mercredi 17 novembre 2010


Claude Vignon, 1593-1670, Crésus réclamant le tribut à un paysan de Lydie, ou La Parabole du créancier impitoyable, 1629, musée des Beaux arts de Tours

Claude Vigon est peintre, graveur et illustrateur baroque français.

Le sujet de ce tableau n’est pas évident et c’est en 1911 que le chanoine Bosseboeuf propose une identification avec le roi de Lydie Crésus. Mais l'iconographie de ce tableau ne se réfère à aucun événement précis de la vie du monarque d'Orient en particulier telle qu’Hérodote s’en fait l’écho..Vignon aurait pu représenter une scène de prélèvement fiscal, à cette époque où les sujets du roi de France font l’objet d’un véritable « tour de vis fiscal » ! Mais cette interprétation apparaît problématique.

C'est pourquoi une autre hypothèse d'identification suggère que le tableau puisse plutôt représenter la parabole du créancier impitoyable.

La construction oppose, à droite, le roi en extension physique, dans un style encore maniérisant, doigt pointé en avant, et, à gauche, le regroupement des autres personnages autour du serviteur.

Ce dernier est opprimé et oppressé comme en témoignent aussi bien son tassement sur lui-même que l’encerclement créé devant lui par les bras des deux gardes. Cette construction simple est en même temps très habile.

Les expressions des personnages et leur grande présence physique sont magnifiques. Ils sont vus à mi-corps suivant une mise en page propre à Caravage.

Le contraste entre la dureté du roi et la détresse du vieux paysan crée une intensité théâtrale, accentuée par les accessoires jonchant la table et le rideau qui clôt la scène à l'arrière plan.

La variété et l'éclat de la palette, les empâtements somptueux, le soin apporté à l'exécution du tableau, dont la magnifique nature morte des livres du premier plan, ont fait la réputation de Vignon.



Le texte biblique

Comme on écoutait Jésus, il ajouta une parabole, parce qu'il était près de Jérusalem et que ses auditeurs pensaient voir le royaume de Dieu se manifester à l'instant même.

 Voici donc ce qu'il dit : « Un homme de la grande noblesse partit dans un pays lointain pour se faire nommer roi et rentrer ensuite chez lui.

Il appela dix de ses serviteurs, leur distribua dix pièces d'or et leur dit : 'Faites-les fructifier pendant mon voyage.'

Mais ses concitoyens le détestaient, et ils envoyèrent derrière lui une délégation chargée de dire : 'Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous.'

Mais quand il revint après avoir été nommé roi, il convoqua les serviteurs auxquels il avait distribué l'argent, afin de savoir comment chacun l'avait fait fructifier.

Le premier se présenta et dit : 'Seigneur, ta pièce d'or en a rapporté dix.'

 Le roi lui dit : 'Très bien, bon serviteur ! Puisque tu as été fidèle en si peu de chose, reçois l'autorité sur dix villes.'

 Le second vint dire : 'Ta pièce d'or, Seigneur, en a rapporté cinq.'

 A celui-là, le roi dit encore : 'Toi, tu seras gouverneur de cinq villes.'

Un autre encore vint dire : 'Seigneur, voici ta pièce d'or, je l'avais mise de côté dans un linge.

 En effet, j'avais peur de toi : tu es un homme exigeant, tu retires ce que tu n'as pas déposé, tu moissonnes ce que tu n'as pas semé.'

Le roi lui dit : 'Je vais te juger d'après tes propres paroles, serviteur mauvais : tu savais que je suis un homme exigeant, que je retire ce que je n'ai pas déposé, que je moissonne ce que je n'ai pas semé ;

 alors pourquoi n'as-tu pas mis mon argent à la banque ? A mon arrivée, je l'aurais repris avec les intérêts.'

 Et le roi dit à ceux qui étaient là : 'Retirez-lui la pièce d'or et donnez-la à celui qui en a dix.'

 On lui dit : 'Seigneur, il en déjà dix ! -

 Je vous le déclare : celui qui a recevra encore ; celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a.

 Quant à mes ennemis, ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et mettez-les à mort devant moi.'»

 Après avoir dit ces paroles, Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem.

Lc 19, 11-28



Commentaires

Luc utilise beaucoup de paraboles pour faire connaître l'enseignement de Jésus, elles sont en majorité situées dans la deuxième partie de l'évangile au cours de la montée à Jérusalem. La parabole permet de poser un regard différent sur des situations de la vie quotidienne et Jésus y apporte des éléments qui dérangent, de sorte chacun puisse se poser des questions en cherchant à comprendre les évènements de sa propre vie et à discerner la proposition de Dieu.

Nous avons ici une parabole dénommée « la parabole des mines » et qui s'apparente à «la parabole de Matthieu sur « les talents », malgré des différences notables, notamment liée au contexte, Matthieu la situe dans le discours eschatologique de Jésus, et Luc y joint l'histoire du roi qui part se faire investir.

Jésus approche de Jérusalem, tous attendent la manifestation du Royaume de Dieu.

La parabole a ainsi deux sujets : les pièces d'or confiées aux serviteurs et le départ du roi qui s'absente pour recevoir son titre royal.

L'ordre de faire fructifier l'argent confié est explicite, Jésus emploie cette image pour expliquer que la tâche principale de la vie est « d’investir » notre bien, de le faire fructifier, et d’en donner les produits au Créateur.

C'est sur la fidélité à l'ordre donné que les serviteurs seront jugés. Le troisième serviteur explique pourquoi il n'a pas été fidèle : il avait peur du roi et de sa sévérité : « tu retires ce que tu n'as pas déposé, tu moissonnes ce que tu n'as pas semé. ». Ce serviteur se fait une fausse idée du roi et se fait traiter de mauvais serviteur. Le Dieu qui fait peur est une création de l'imaginaire des hommes. Cette image justifie l'indifférence et l'inaction. C'est ce que sanctionne le roi, et c'est le manque de confiance en Dieu et en l’avenir qui est reproché au serviteur.

Le thème de la royauté reçue au loin peut évoquer la pratique des rois descendants d' Hérode le Grand qui partaient recevoir leur investiture à Rome. Elle annonce le départ de Jésus qui va être mis à mort. Que deviendront ses disciples ? Resteront-ils fidèles ? Les hommes de Jérusalem qui ont refusé le roi peuvent représenter le peuple juif refusant de reconnaitre en Jésus le Messie royal envoyé par Dieu. Mais le châtiment terrible qui leur est réservé ne peut représenter une condamnation définitive : elle serait en contradiction totale avec l'image du Dieu miséricordieux que Luc nous montre tout au long de son évangile. Il faut probablement y lire l’auto-condamnation des hommes qui refusent le Règne de Dieu.

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