En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Un chemin spirituel en suivant saint Jean Climaque : degré 11 : le silence évangélique

Publié le Lundi 4 avril 2011


Vision de saint Jean Climaque, Moscou, fin 16e/debut 17e, monastere de Novodiévitchi, Moscou

 

Le titre de l'icône est bien donné par l'inscription sur le cadre : « Vision du saint Père Jean, comment on se tourmente pour obtenir le royaume des cieux, et combien grande est l'ascension vers le ciel »

 

Cette icône offre une illustration sur deux niveaux de l'échelle spirituelle de saint Jean Climaque, un traité ascétique qui conçoit l'expérience monastique comme l'ascension de l'échelle sainte jusqu 'à la vie éternelle et la vision de Dieu.

A la partie supérieure on voit saint Jean devant le monastère de sainte Catherine du Sinaï, dont la blancheur retient le regard ; il montre à ses disciples l'échelle que gravissent des moines en direction du paradis où les attend le Christ.

L'un d'eux vient d'y entrer, accompagné par un ange et retrouve d'autres moines.

Deux autres, en revanche, ont trébuché dans l'ascension et sont précipité vers le gouffre infernal et les flammes de l'enfer. A l'arrière plan à gauche apparaît un autre monastère, sans doute celui de Raïthou, avec dans l'embrasure de la porte le supérieur, Jean Raïthou qui avait exhorté Jean de Climaque à écrire l'Echelle spirituelle. (rappelons que le texte fut imprimé pour la première fois en 1627 à Moscou).

 

La partie inférieure de l'icône illustre le 5e degré de l'échelle sur la pénitence, et où il est aussi question de la prison agréable à Dieu des moines coupables.

On voit donc une série de grottes enfermant des moines se livrant à toutes sortes de mortifications. L'un refuse le sommeil, l'autre se fouette, reste debout des heures durant les mains liées dans le dos, s'enchaine et s'entrave, un autre médite assis la tête entre les jambes, ou un autre frappe la terre de son front. Chaque compartiment est assorti d'inscription au blanc de céruse, qui citent le texte même de l'Echelle.

 

Cette icône qui exalte le thème de la pénitence, correspond bien à l'esprit complexe du Temps de troubles en Russie. Sa facture moscovite est bien attribuable aux alentours de 1600.

 



Le texte biblique

On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l'interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C'est toi qui le dis. »

Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l'accusaient, il ne répondit rien.

 Alors Pilate lui dit : « Tu n'entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »

 Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné.

 

Mt 27,11-14



Commentaires

Texte de l'échelle, degré 11, du bavardage et du silence

le silence évangélique

 

§1

Dans ce qui précède, j'ai brièvement montré combien il est dangereux de juger les autres et comment ce vice s'insinue même en ceux qui ont bonne apparence; ou plutôt, combien il est redoutable d'être soi-même jugé et condamné de fait de sa langue. Il me reste maintenant à dire quelle est la cause de ce vice et à expliquer rapidement par quelle porte il entre, ou plutôt il sort.

 

§2

Le bavardage est la chaire sur laquelle la vaine gloire aime à se faire voir avec ostentation. C'est la marque de l'ignorance, la porte de la médisance, l'introducteur de la bouffonnerie, le serviteur du mensonge, la ruine de la componction, l'artisan et l'huissier de l'acédie, le précurseur du sommeil; la dissipation du recueillement, l'anéantissement de la vigilance; le refroidissement de la ferveur et l'obscurcissement de la prière.

 

§3

Le silence avec connaissance est la mère de la prière, la délivrance de la captivité, la préservation du feu, le surveillant des pensées, le guetteur des ennemis, la prison pour l'affliction, l'ami des larmes, l'artisan de la pensée de la mort, le peintre du châtiment, l'amateur affairé du jugement, le soutien de l'inquiétude (salutaire), l'ennemi de la liberté d'allures, le compagnon de l'hèsychia, l'adversaire du désir d'enseigner, l'auxiliaire de la connaissance, l'artisan, un progrès invisible et une ascension secrète.

 

§4

Celui qui a pris conscience de ses fautes garde sa langue; mais le bavard ne se connaît pas encore comme il le devrait.

 

§5

L'ami du silence, s'approche de Dieu; et en s'entretenant avec lui dans le secret, il reçoit sa lumière.

 

§6

Le silence de Jésus confondit Pilate, et l'hèsichia d'un homme détruit la vaine gloire.

 

§7

Pour une seule parole à dire, Pierre pleura amèrement, parce qu'il avait oublié la réflexion du psalmiste : « j'ai dit : j'observerai mes voies, afin de ne pas pécher par la langue » (Ps 38,2), et cette autre sentence « mieux vaut tomber de haut sur le sol que tomber par la langue » (Sir 20,18).

 

§12

[..] onzième degré : celui qui a remporté cette victoire a retranché d'un seul coup une multitude de maux.

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