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Reste avec nous

Publié le Jeudi 28 avril 2011


 

Diego Rodriguez de Silva Velazquez (12599-1660), le souper à Emmaus, 1620-29, MMA, New York

Velasquez est un peintre espagnol de l'époque dite du siècle d'or du 17e siècle.  Son style, tout en restant très personnel, s’inscrit résolument dans le courant baroque de cette période.

Velasquez est surtout connu pour ses grands portraits de cour, mais il est aussi l'auteur de compositions mythologiques et religieuses.

Le souper à Emmaüs est une œuvre de jeunesse, lorsqu'il était encore à Séville auprès de son maitre Francisco Pacheco (1564-1644), qui avait reconnu le talent de son élève.

 

Le jeune peintre s’attachait à la représentation de scènes de genres souvent à thèmes religieux en accord avec les préceptes de son maîre et beau-père censeur de l'Inquisition.  On a donc des toiles au réalisme soigneux, encore un peu rudes réalisée avec une pâte épaisse.

 

L'ensemble du « souper d'Emmaüs » est d'une tonalité assez sombre, la composition est savamment orchestrée.

 

Les deux disciples et Jésus sont assis autour d'une table couverte d'une belle nappe blanche bien réelle, le couteau posé sur le bord faisant une ombre.

La conservation entre les trois personnages est vive. Le jeu des mains est animé, les regards des disciples vont de l'un à l'autre et vers Jésus. Mais Jésus qu'ils reconnaissent à la fraction du pain est déjà ailleurs, il ne les regarde pas, ses yeux sont levés vers le ciel.

 

La palette de couleurs est assez réduite, on a vu que dans ses premières œuvres Velasquez utilisait des couleurs peu onéreuses d'origine minérale locale, rouge de la robe de Jésus, jeune de la cape du jeune disciple et les noirs et bruns terreux des vêtements des disciples. Le fond du tableau est bien neutre, ce qui rend étrange l'atmosphère de l'ensemble du tableau.



Le texte biblique

 Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem,

et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé.

Or, tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux.

Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas.

Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes.

L'un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. »

Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple.

 Les chefs des prêtres et nos dirigeants l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié.

 Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé.

 A vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure,

 et elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu'elles avaient eu une

apparition : des anges, qui disaient qu'il est vivant.

 Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu. »

 Il leur dit alors : « Vous n'avez donc pas compris ! Comme votre coeur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes !

Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? »

 Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait.

 Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin.

 Mais ils s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

 Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna.

 Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.

 Alors ils se dirent l'un à l'autre : « Notre coeur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ? »

A l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :

« C'est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »

 A leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment ils l'avaient reconnu quand il avait rompu le pain.

 

Luc 24,13-35



Commentaires

Arrêtons nous sur la demande des disciples d'Emmaus que Jésus reste avec eux.

C'est le dénouement de l'histoire, avec le souper, la reconnaissance du Ressuscité avait été profondément amorcée, leur cœur était brûlant : l'interprétation des Ecritures donne sens à la mort du Christ et en montre le rapport avec la gloire, mais elle ne va s'accomplir que dans la fraction du pain.

En faisant semblant de les quitter, Jésus conduit les disciples à prendre l'initiative. Alors que jour baisse, les disciples offrent l'hospitalité à celui en qui ils ne voient encore qu'un étranger. Mais cet homme va prendre la place du maître de maison et procéder à la fraction du pain avec les mêmes termes que ceux utilisé lors de la dernière Cène. Ces gestes sont familiers de Jésus, présider le repas, bénir le pain et le rompre, ainsi il se fait reconnaître. Ces gestes rappellent les repas pris avec les disciples, et anticipent ceux des communautés où il sera invisible, mais présent.

 

 Jésus ne s’impose pas à ces disciples. Il leur donne l’impression qu’il continue sa route, et il attend que ce soit les disciples qui lui demandent de rester avec eux. Jésus désire ardemment entrer dans le cœur et la vie de chaque homme, mais il le fera seulement si nous le lui demandons.

 

Alors retournement de la situation, les yeux des disciples s'ouvrent, Jésus se fait reconnaître.. mais ne se fait plus voir. Même invisible aux yeux de la chair, le Ressuscité reste présent, l'invisibilité n'équivaut pas à l'absence ! Et peut-être permet-elle seule une prise de responsabilité nouvelle des disciples, qui aussitôt se remettent en route et vont retrouver les Onze !

Les deux hommes rebroussent chemin vers Jérusalem : la reconnaissance de Jésus ressuscité correspond à l'envoi en mission.

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