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Echelle de Jacob

Publié le Lundi 4 juillet 2011


William Blake, 1757-1827, Le rêve de Jacob, vers 1800-1805, aquarelle sur papier, British Museum, Londres .

 

 

William Blake est le plus célèbre mais aussi le plus secret des génies d’Outre-Manche. Mieux qu’aucun autre, Blake exprime l’inspiration hallucinée propre au romantisme anglais.

William Blake est un peintre, dessinateur, et poète. Il est l'auteur d'une œuvre inspirée de visions bibliques à caractère prophétique

 

Devenu élève du graveur James Basire à quatorze ans, il fut chargé de dessiner les antiquités de l'abbaye de Westminster et des autres vieux édifices, milieux qui ne manquèrent pas d'exercer une vive influence sur son imagination mélancolique

William Blake fut l'inventeur d'une technique de gravure révolutionnaire, l'eau forte en relief. Celle-ci lui permettait de tirer des planches de grands formats au rendu très proche de la peinture.

Son influence sera déterminante au XIXe siècle chez les préraphaélites puis sur la modernité prônée par André Gide, André Breton et les surréalistes au XXe siècle. Son œuvre est riche d’une symbolique où se réfléchissent les derniers feux des Lumières et la secrète alchimie d’une société britannique en pleine mutation.

 



Le texte biblique

Jacob était parti de Bershéba et se dirigeait vers Harrane.

Surpris par le coucher du soleil, il s'arrêta à l'endroit où il était, pour y passer la nuit ; il prit une pierre pour la mettre sous sa tête, et c'est là qu'il dormit.

Il eut un songe : une échelle était dressée sur la terre, et son sommet touchait le ciel ; des anges de Dieu montaient et descendaient.

 Le Seigneur se tenait près de lui. Il lui dit : « Je suis le Seigneur, le Dieu d'Abraham ton père, le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donne, à toi et à tes descendants.

Tes descendants seront nombreux comme la poussière du sol, ils se répandront à l'orient et à l'occident, au nord et au midi ; en toi et en ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre.

Voici que je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre ; car je ne t'abandonnerai pas avant d'avoir accompli ce que je t'ai promis. »

 Jacob sortit de son sommeil et s'écria : « Vraiment, le Seigneur est dans ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas. »

 Saisi de crainte, il disait : « Que ce lieu est redoutable ! Il est réellement la maison de Dieu, la porte du ciel ! »

 Jacob se leva de bon matin, il prit la pierre qu'il avait mise sous sa tête, il la dressa pour en faire une stèle, et il la consacra en versant de l'huile sur le sommet.

 Et à ce lieu, qui s'appelait alors Louz, il donna le nom de Béthel (c'est-à-dire : Maison de Dieu).

 Alors Jacob prononça ce voeu : « Si Dieu est avec moi, s'il me protège sur le chemin où je marche, s'il me donne du pain pour manger et des vêtements pour me couvrir,

 et si je reviens sain et sauf à la maison de mon père, le Seigneur sera mon Dieu.

Cette pierre dont j'ai fait une stèle sera la maison de Dieu. 

 

Genèse 28,10-22a



Commentaires

Le cycle de Jacob contient trois passages grandioses (Gn 32,23-32; 35,1-15) où Dieu se manifeste dans son mystère. Ces trois épisodes encadrent le voyage de Jacob chez Laban à Harrane. On y découvre notamment la personnalité de Jacob, comme un homme rusé et fort mais aussi sensible et fragile

 

La tradition de Jacob à Béthel a eu une grande importance dans la mémoire d'Israël (ce passage connut de nombreuses réécritures !). La structure du texte actuel est rythmée et propre à la récitation orale. Au centre du texte apparaissent les promesses de Dieu, et la répétition du mot « lieu » qui a souvent le sens précis en hébreu de « lieu sacré » : au sortir de son sommeil Jacob pose des gestes religieux en dressant la pierre sous la forme d'un mémorial, et il donne un nom au lieu. Et cela marque la prise de possession d’un sanctuaire local et d’un territoire.

 

Le récit du songe de Jacob comporte trois éléments : un escalier dont le sommet touche le ciel, les anges de Dieu montant et descendant et la présence de Dieu lui-même.

C'est une vision paisible et de grande solennité qui s'est déroulée devant le dormeur.

L'échelle fait penser au ziggourats de Mésopotamie (c'est la seule fois qu'on trouve ce mot dans l'Ancien Testament) qui prétendaient unir le ciel et la terre. Il faut imaginer une rampe qui permettraient aux anges de se croiser, cette rampe fait allusion à la montée qui conduisait au sanctuaire de Béthel, la « maison de Dieu ». Avant même l'intervention de Dieu, cette rampe est un indice lourd de sens : contrairement à la tour de Babel, elle indique que Dieu ne veut pas rester isolé, inaccessible. Entre ciel et terre une communication existe , elle se fait par l'intermédiaire des anges, messagers de Dieu. Dieu s’approche de l’homme et « se tient près de lui ».

 

Enfin Jacob a la vision de Dieu, mais c’est dans un songe, si bien que la transcendance de Dieu est sauvegardée, l'homme endormi se tient à distance respectueuse de Dieu.

Seule l'impression de la présence de Dieu est retenue par Jacob à son réveil.

Et le cri de Jacob résume alors toute la quête d’Israël au cours de son histoire, et la découverte qui a donné lieu à l’écriture de la Bible : « le Seigneur était là et je ne le savais pas ». Découverte après coup du fait que Dieu a accompagné la vie de son peuple, qu’il accompagne mystérieusement et en silence la vie de chacun de nous. Mais qui accepte de reconnaître ce don et ce compagnonnage de chaque instant ? Eblouissement pour celui qui le découvre !

Pourtant la promesse a bien été offerte à Jacob comme à ses pères, Dieu s’est engagé dans l’histoire, il a offert à Abraham son alliance, et lui a juré : « je ne t’abandonnerai pas ». Avec ces mêmes mots, la même promesse est faite à Jacob : Dieu est le Dieu fidèle.

 

Le sommet de l'escalier touche les cieux et c'est sur ce sommet que Jacob dresse un stèle, qui devient le symbole de la présence de Dieu et de l’engagement qu’il a pris envers les hommes. Jacob fonde ainsi le sanctuaire de Béthel, porte du ciel, c'est à dire lieu de passage entre terre et ciel.

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