En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Dominus flevit

Publié le Jeudi 17 novembre 2011


Jésus pleure sur Jérusalem. Enluminure de l'évangéliaire d'Otton III, atelier de Reichenau, 1010 ( Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Clm 4453

 

Otton III est un prince de la lignée ottonienne (rois germaniques aux 10 et 11e siècles), roi des Romains à partir de 983 et empereur germanique de 996 à 1002.

Les Ottoniens sont des commandiatires de

manuscrits de luxe réalisés à Corvey, Fulda et surtout à Reichenau. L'abbaye de Reichenau est un monastère du Bade Wurtemberg. Elle abrite une école d'écriture célèbre. Son scriptorium est probablement le plus réputé de l'époque ottonienne

 

L'évangéliaire d'Otton III est un manuscrit enluminé du la fin du 10e -début 11e siècle. Il contient la version de la Vulgate des 4 évangiles et divers commentaires notamment ceux d'Eusèbe de Césarée.

C'est un fabuleux exemple d'enluminure ottonienne, réalisée à l'abbaye de Reichenau dans l'atelier du moine Liuthard.

 

Cette page représente Jésus pleurant sur Jérusalem. Dans la partie supérieure, Jésus est accompagné de disciples marchant sur un tapis, essuie de son manteau ses larmes les yeux tournés vers le bas où la guerre fait rage. En face de lui, la ville de Jérusalem entourée de murailles, forte et puissante. Contraste entre cette puissance et les pleurs de Jésus.

 

La partie inférieure montre la prophétie de Jésus : la lutte entre les hommes, tant à l'intérieur de la ville qu'à l'extérieur où les ennemis attaquent, armes levées.

Et tout en bas, des hommes qui ont été jetés de la ville, s'écrasent sur le sol.

 



Le texte biblique

Quand Jésus fut près de Jérusalem, en voyant la ville, il pleura sur elle ; il disait :JJ

 « Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix ! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux.

Oui, il arrivera pour toi des jours où tes ennemis viendront mettre le siège devant toi, t'encercleront et te presseront de tous côtés ;

 ils te jetteront à terre, toi et tes enfants qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le moment où Dieu te visitait. »

 

Lc 19, 41-44



Commentaires

Jésus atteint Jérusalem, le terme du voyage.

Lorsqu'il entre dans la ville il est acclamé comme un roi.

Mais Jésus doit traverser la passion et la mort avant d'être intronisé dans le ciel.

Contraste saisissant entre la joie du groupe des disciples et les pleurs de Jésus sur Jérusalem.

Pour la seule fois dans les évangiles synoptiques on voit Jésus pleurer ! (dans l'évangile de Jean, Jésus pleure son ami Lazare)

Plusieurs rabbis juifs ont vu dans la destruction de Jérusalem par les Romains une punition de Dieu à cause de l'infidélité du peuple. Ici, pour Luc elle sanctionne le refus de reconnaître en Jésus l'envoyé de Dieu, porteur de paix. Il ne tenait qu'à Jérusalem d'accueillir cette bonne nouvelle de la paix, d'accepter que le roi messie pacifique soit le Seigneur de tous les humains et établisse la paix entre les Juifs et les païens. Cela aurait comblé le désir de Jésus. En fait la ville a refusé de le reconnaître et de l’accueillir, certainement d’abord parce qu’elle attendait un Messie puissant et triomphateur. Mais cet aveuglement volontaire est aussi l'œuvre de Dieu, Jérusalem n'a pas vu, cela est resté caché à ses yeux.

 

La voix de Jésus relaie celle des anciens prophètes d'Israël qui menaçaient les puissants du châtiment de Dieu et annonçaient la chute du royaume d'Israël sur le point de tomber aux mains de ses ennemis.

Jésus énumère cinq actions des troupes ennemies, du siège proprement dit jusqu'aux atrocités consécutives à la chute : tel sera le châtiment de la ville pour son refus. Le tout est exprimé avec des rappels de textes de l'Ancien Testament (Is 29,3; Ps 137,7-9. Jérémie et Ézéchiel aussi avaient déjà fait allusion à la chute de Jérusalem). Luc pense pense à la prophétie : pour lui elle annonce les travaux entrepris par l'armée romaine pour investir Jérusalem et la chute de la ville.

Mais les pleurs de Jésus manifestent peut-être davantage la conscience aiguë qu'avait Luc du caractère tragique de la séparation entre les Juifs et les groupes chrétiens.

 

Ces pleurs de Jésus montrent combien il nous aime, il aime les hommes représentés par la ville entière de Jérusalem ; il pleure parce que les hommes ne l'ont pas écouté, il désire le bonheur et le salut pour tous. Jésus ne s'attarde pas sur la chute, mais sur ce qui, à ses yeux, la motive. La cité a refusé de reconnaître que, lors de son entrée dans la ville, c'est Dieu lui-même qui visite son peuple pour lui offrir son salut.

 

 

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