En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

L\'avent avec Isaïe : 2 - la consolation

Publié le Mercredi 7 décembre 2011


Rembrandt, 1606-1669) le retour du fils prodigue, détail, 1669, Musée de l'Hermitage, saint Petersbourg .

 

On connait la lumière chaude, pleine de paix et d’amour, de l'ensemble du tableau. Cette lumière semble provenir de l’intérieur des deux personnages et met en évidence le moment sacré du pardon donné, de la consolation offerte, entre le père et son fils. C’est par la familiarité que Rembrandt parvient au sublime et rend le sujet éternellement actuel.


Le fils repenti, blotti contre « les entrailles » du père, à genou, précipité à l'intérieur du père, s’abandonne entre les mains du père pour demander pardon, pour demander une nouvelle chance, une renaissance.

Il est accueilli par l’amour divin dont nul homme sur terre n’est capable. Cet amour est symbolisé par les mains posées sur les épaules du fils. Chez Rembrandt les mains parlent autant que les visages, les mains du père sont un autre visage de son amour, de son pardon, de sa consolation.

 

Il a été souvent dit que Rembrandt avait représenté une main masculine et une main féminine, amour double féminin et masculin. L'une est longue et fine qui rappelle celle que Rembrandt a peint pour la « fiancée juive », c'est une main douce, caressante, maternelle. L'autre main apparait trapue, plus épaisse et plus rude, comme le sont les mains d'homme. C'est une main puissante, protectrice, paternelle.

Ainsi est évoqué l'amour absolu de Dieu Père, qui console, pardonne, recréée, fait renaitre.

Ces mains encadrent la blessure que l'on aperçoit à travers la tunique déchirée du fils. Les mains préviennent de toute nouvelle agression, mettent à l'abri du mépris, à l'écart du zèle intempestif de ceux qui jugent avant de consentir à pardonner.

Ces mains écoutent, auscultent le cœur, abritent , délivrent du mal.

Ce sont des gestes muets que décrit Rembrandt, des gestes profonds, qui viennent des « entrailles de la miséricorde », qui sont, au dire d'Isaïe, celles-là même qui s'émeuvent en Dieu.

La main fut toujours chez Rembrandt l'obligée du cœur, tout en sachant que que le cœur déborde largement les largesses de la main.

 



Le texte biblique

Consolez, consolez mon peuple,dit votre Dieu.

Parlez au coeur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli,que son crime est pardonné,et qu'elle a reçu de la main du Seigneur double punition pour toutes ses fautes. Une voix proclame :« Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu. Tout ravin sera comblé,toute montagne et toute colline seront abaissées,les passages tortueux deviendront droits,et les escarpements seront changés en plaine.

Alors la gloire du Seigneur se révélera et tous en même temps verront que la bouche du Seigneur a parlé. »

Une voix dit : « Proclame ! »et je dis : « Que dois-je proclamer ?- Toute créature est comme l'herbe, toute sa grâce est comme la fleur des champs :

 l'herbe se dessèche et la fleur se fane quand passe le souffle du Seigneur. En effet, le peuple est comme l'herbe.

 L'herbe se dessèche et la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure pour toujours. »

 Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Elève la voix avec force,toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Elève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda :« Voici votre Dieu. »

Voici le Seigneur Dieu : il vient avec puissance et son bras est victorieux. Le fruit de sa victoire l'accompagne et ses trophées le précèdent.

 Comme un berger, il conduit son troupeau :son bras rassemble les agneaux,il les porte sur son coeur,et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits.

 

Is 40,1-11



Commentaires

Ce passage fait partie de ce qu'on appelle le Deutéro Isaïe, comprenant les chapitres 40 à 55 du livre, c'est à dire un texte écrit à Babylone à la fin de l'Exil (587-538), quand les victoires du roi perse Cyrus eurent définitivement écrasé l'empire babylonien pour installer sur tous ses territoires une administration perse beaucoup plus tolérante au niveau des coutumes et des croyances religieuses locales. L’édit de Cyrus en 538 autorisa le retour des juifs qui le souhaitaient à Jérusalem.

 

Pour un certain nombre de juifs exilés à Babylone, ce retour est vécu comme une libération, une nouvelle sortie d’Egypte.

 

Le prophète de Babylone ne se contente pas de faire écho à la sortie d’Egypte, il sait que le Dieu sauveur est aussi le Dieu créateur, celui qui a arraché la terre au chaos et à la confusion (Genèse 1). Et c’est sur cette arrière-fond de création comme victoire sur le chaos qu’il lit l’événement de salut, comme une création nouvelle.

 

Le premier verset de notre passage appelle en effet à la consolation, pour annoncer la fin de l'exil, la fin de ce que beaucoup avaient considéré comme un temps de peine et de châtiment

Le pardon de Dieu va se manifester merveilleusement : un chemin, une voie royale traverse le désert, c'est le chemin du Seigneur, le chemin du retour, les montagnes seront abaissées, les ravins comblés, car, même si la vie des hommes est fragile comme les fleurs, la parole de Dieu qui vient avec puissance pour sauver son peuple demeurera pour toujours.

Le prophète est appelé à monter sur une haute montagne pour proclamer la Bonne Nouvelle (tel est le sens du mot « évangile »), pour l'annoncer à Sion, au loin, d'une voix forte. Le bonheur est là, le salut de Dieu est là. Dieu a vaincu Babylone l'arrogante, puissance de la mort.

Mais c'est aussi un Dieu berger, conduisant avec tendresse son troupeau, prenant soin des agneaux et de leurs mères. Un Dieu qui ne cesse de consoler son peuple !

 

 

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