En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Si tu le veux, tu peux me rendre pur

Publié le Jeudi 12 janvier 2012


Évangeliaire d'Eternach vers 1040, la guérison du lépreux. Bibliothèque royale de Bruxelles

 

L'évangéliaire d'Eternach est un luxueux manuscrit créé à l'époque des empereurs francs saliens.

Les illustrations sont fastueuses, les deux premières pages en pourpre avec imitation de soie, sont suivies d'une représentation du Christ en majesté sur fond d'or et de pourpre impérial. Les 155 feuillets comprennent 41 miniatures enluminée à l'or, 13 pages de texte ornées et plus de 250 initiales.

 

Ici est représentée l'histoire de la guérison du lépreux par Jésus.

Le malade, marqué par la maladie, fléchit les genoux devant Jésus, il le supplie, les mains jointes et le regarde avec confiance. Jésus étend la main vers lui, jusqu'à le toucher, le regard attentionné. Suivi de la foule, il descend vers le lépreux sur un sol qui est représenté comme un arc en ciel, lien entre la terre et le ciel. Il rejoint le lépreux, tout en bas. Derrière lui la foule assiste à la scène ; elle est appelée à croire, et à annoncer la Bonne Nouvelle devant les bienfaits prodigués par Jésus.

Dans cette enluminure la joie transparait, joie des lignes dansantes, ondulations des mouvements de tous les personnages, tout danse, la terre exulte. Les couleurs vives et claires chantent : le rose teinte l'horizon des cieux et le drapé des vêtements. Le lépreux aussi revêt une tunique rose, comme le Christ. Les gestes aussi sont joyeux, ils parlent par eux-mêmes : de sa main gauche Jésus tient le livre de la loi, il n'est pas venu abolir la loi, mais l'accomplir. Le lépreux reçoit la Parole de Jésus qui guérit et l'intègre à nouveau dans la communauté de Dieu et des hommes. Le pied sur la première marche, il amorce sa remontée vers Jésus.



Le texte biblique

 

Un lépreux vient trouver Jésus ; il tombe à ses genoux et le supplie : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »

Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »

A l'instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié.

 Aussitôt Jésus le renvoya avec cet avertissement sévère :

« Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi : ta guérison sera pour les gens un témoignage. »

Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte qu'il n'était plus possible à Jésus d'entrer ouvertement dans une ville. Il était obligé d'éviter les lieux habités, mais de partout on venait à lui.

 

Marc 1,40-45



Commentaires

Marc décrit les débuts de l'activité de Jésus en Galilée. Après une journée à Capharnaüm, Jésus rencontre un lépreux. Celui se montre audacieux et téméraire, fort d'une foi insistante en Jésus : c'est lui qui vient vers Jésus.

Il présente à Jésus une requête humble et confiante : le lépreux se met à genoux devant Jésus, il supplie Jésus, s'il le veut, de le guérir. A l'époque la lèpre était une maladie grave et contagieuse, et le lépreux était tenu à l'écart de la communauté. Le portrait qu'en brosse la Loi de Moïse est terrifiant  « Le lépreux atteint de cette plaie portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu'aux lèvres, et il criera : 'Impur ! Impur !'Tant qu'il gardera cette plaie, il sera impur. C'est pourquoi il habitera à l'écart, sa demeure sera hors du camp.» (Lv 13,45-46). Dans la Bible la lèpre n'est pas seulement ce mal horrible, c'est aussi un mal religieux, la marque du péché et le châtiment divin de fautes jugées particulièrement graves. Le lépreux était banni de la cité, rejeté comme impur, incapable de toute communication ni avec Dieu ni avec les hommes. La guérison était réservée à Dieu (voir l'histoire de Myriam, la soeur de Moïse, Nb 12,1-16).

Jésus est pris de pitié pour ce malade : son geste est sobre, mais hautement significatif : il ose toucher l'intouchable, il parle et sa parole est efficace, reprenant les termes du lépreux, il dit et cela fut. Jésus transmet la santé et la « sainteté » à son interlocuteur.

Pour Marc la guérison du lépreux est un des signes auxquels on reconnaitrait l'inauguration des temps messianiques.

 

La suite du récit nous paraît étrange. Pourquoi Jésus est-il si rude avec le lépreux guéri : il le renvoie (le chasse), et Jésus demande à l'homme de ne rien dire à personne. C'est la mise en oeuvre du « secret messianique ». Jésus ne veut pas qu'on le prenne pour un magicien, qui supprimerait tous les maux de la terre. Il craint que le lépreux guéri et la foule à sa suite ne le prennent pour roi. La profondeur de son être et de sa mission ne pourront être compris qu'à la lumière de sa Passion et de sa Résurrection.

 

Enfin Jésus demande à l'ex-lépreux de se montrer au prêtre, pour assurer sa réinsertion dans la communauté religieuse. C'était le prêtre qui officiellement, était chargé de reconnaître la guérison.

Mais l'homme transgresse l'ordre donné par Jésus, il proclame la nouvelle, il devient missionnaire de la Bonne Nouvelle.

Comme au début de l'épisode, l'homme n'agit pas selon les normes établies, il ne respecte ni la loi des lépreux, ni l'avertissement de Jésus.

Jésus lui-même n'avait pas respecté la loi en touchant le lépreux !

Alors Jésus est obligé de fuir la foule qui vient à lui de tous côtés.  Jésus a pris la place du lépreux, exclu : il ne peut plus entrer dans la ville. C’est ainsi que s’accomplira en vérité sa mission.

 

 

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