En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

L'Assomption

Publié le Mardi 14 août 2012


Abbesse Herrade de Landsperg, la femme de l'Apocalypse, Hortus Deliciarum, 12e, copie du 17e, bibliothèque de la ville de Strasbourg

 

Le jardin des délices est un manuscrit d'une encyclopédie chrétienne réalisée entre 1159 et 1175 par Herrade de Landsberg et les moniales du couvent de Hohenburg (mont Saint Odile). L'original a été détruit pendant le bombardement de Strasbourg en 1870. Une copie avait été réalisée au 17e et un fac similé avait été fait en 1818 par Christian Maurice Engelhardt. C'est la première encyclopédie connue réalisée par une femme. Cet ouvrage en latin se composait de deux parties et comprenait environ 324 feuilles. Il résume les connaissances théologiques et profanes (signes du zodiaque, arts libéraux...) de l'époque. Il s'agissait de composer un manuel d'instruction pour les jeunes filles de la noblesse catholique qui vivaient au couvent.

 

La page présentée ici montre la Femme revêtue de soleil, la lune sous ses pieds, portant une couronne décorée d'étoiles. Son enfant est emportée vers le Trône. En bas le dragon persécute de son épée les saints (sur son glaive on lit « ON », peut être pour signifier Néron. La Femme a reçu des ailes. Le Dragon vomit contre elle de l'eau , que la Terre absorbe. Sa queue balaie les étoiles du ciel pour signifier la chute des anges.



 

 



Le texte biblique

 Le Temple qui est dans le ciel s'ouvrit,et l'arche de l'Alliance du Seigneur apparut dans son Temple

 Un signe grandiose apparut dans le ciel :une Femme,ayant le soleil pour manteau,la lune sous les pieds,et sur la tête une couronne de douze étoiles.

 Elle était enceinte et elle criait,torturée par les douleurs de l'enfantement.

 Un autre signe apparut dans le ciel :un énorme dragon, rouge feu,avec sept têtes et dix cornes,et sur chaque tête un diadème.

Sa queue balayait le tiers des étoiles du ciel,et les précipita sur la terre. Le Dragon se tenait devant la femme qui allait enfanter,afin de dévorer l'enfant dès sa naissance.

Or, la Femme mit au monde un fils, un enfant mâle,celui qui sera le berger de toutes les nations,les menant avec un sceptre de fer. L'enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son Trône,

et la Femme s'enfuit au désert,où Dieu lui a préparé une place

 Alors j'entendis dans le ciel une voix puissante, qui proclamait :« Voici maintenant le salut,la puissance et la royauté de notre Dieu,et le pouvoir de son Christ !

 

Ap 11, 19a 121-6a;10ab



Commentaires

Cette magnifique vision est bien connue ! Mais que d'interprétations données.

Trois personnages en scène, la femme, le dragon et l'enfant.

L'enfant, c'est le Christ, le dragon est identifié au diable et la femme ? Est-ce Marie qui enfanta Jésus à Bethléem..

Mais tout semble s'éclairer si on voit dans cette naissance l'intronisation de Jésus en tant que Messie glorifié, lors de sa résurrection. C'est à ce moment de sa vie que le Nouveau Testament voit la réalisation du psaume 2, aussi Paul dans son discours à Antioche (Ac 13, 32-33) ou au début de sa lettre aux Romains (Rm 1,4). C'est bien le moment aussi où Satan déclencha une lutte à mort contre le Christ. Il pensa l'avoir dévoré sur la croix, mais en glorifiant son Fils, Dieu détruit son apparente victoire.

Alors qui est cette femme ? Représente-t-elle le peuple de Dieu. Il est fréquent que dans l'Ancien Testament ou les textes juifs le peuple est personnifié sous des traits féminins. Jérusalem est chantée par Isaïe, comme une femme parée de la lumière de Dieu « Ton soleil ne se couchera plus et ta lune ne disparaitra plus » (Is 60). Isaïe annonçait aussi que Dieu donnerait à cette « femme » d'enfanter le monde nouveau (Is 66,7). Jésus lui-même, dans l'évangile de Jean, a repris cette image : dans son discours après la cène, il annonce son départ proche et dit « vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira, vous serez affligés, mais votre affliction tournera en joie. Lorsque la femme enfante, elle est dans l'affliction puisque son heure est venue. Mais quand elle a enfanté, elle oublie les douleurs, dans la joie qu'un homme soit venu au monde. Vous êtes donc maintenant dans l'affliction; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur se réjouira et cette joie nul ne vous la ravira » (Jn, 20-22). Dans les douleurs de la passion, les disciples contribuent à l'enfantement de cet homme nouveau : Jésus et son Église.

L'humanité nouvelle est née dans ce grand enfantement douloureux sur la croix où le Fils de Dieu, portant en lui toute l'humanité pécheresse, a fait une fois pour toutes le grand passage de la mort à la vie, enfantement de la croix qui ouvre sur l'Ascension et le triomphe du Christ.

La femme symbolise le peuple de Dieu, l'Église. Satan dépité se jette contre tous les chrétiens et va les tourmenter durant tout le temps de l'histoire. Dieu ne sauve pas la femme en la retirant du monde mais en la protégeant tout au long de son histoire terrestre.

Souvent ce texte est une référence en matière de piété mariale. Le combat de la femme enceinte et du dragon destructeur est souvent interprété comme une figure de la Vierge Marie mettant au monde le Fils de Dieu, dans le contexte d'hostilité souligné dans l'Évangile de l'enfance de Matthieu (Hérode, massacre des innocents..). Dès lors la manifestation céleste de la femme « enveloppée du soleil, avec la lune sous ses pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles » paraît anticiper l'exaltation de Marie, Mère de Dieu. C'est pour cela que la lecture de ce texte est prévue pour le 15 aout. Cette interprétation mariale n'est pas forcément contradictoire avec la signification première comme personnification du nouveau peuple de Dieu, l'Église. Marie est reçue comme « figure de l'Église ».

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