En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Ne crains pas, crois seulement

Publié le Mardi 4 février 2014


Guérison de l’hémoroïsse, et guérison de la fille de Jaïre, évangéliaire copte arabe, 1250,bibliothèque de Fels, Institut Catholique de Paris.

 

Ce manuscrit exécuté au Caire, en Egypte en 1250 est le plus remarquable de la bibliothèque de Fels, notamment par sa richesse iconographique.

Ce manuscrit fut copié par « la main experte du moine Gabriel », futur patriarche d'Alexandrie, Gabriel III 1268-1271.

Les pages illustrées sont nombreuses. Dix pages se faisant face deux à deux sont divisées en six vignettes représentant des scènes évangéliques, accompagnées dans les marges d'inscriptions arabes.

Les détails du décor des scènes , les traits des personnages, les couleurs utilisées révèlent une influence islamique, ce qui est rare.

 

Ces deux vignettes sont la partie basse du fol 5 qui en comprend six.

À gauche la guérison de l’hémoroïsse  : le Christ est au centre de l'image, séparant deux groupes de personnages. Derrière lui au premier plan une femme courbée s'efforce de toucher le vêtement de Jésus. Elle est accompagnée de trois hommes. En face d'eux un groupe plus compact, la foule est nombreuse.

Les visages des dix personnages sont trop abîmés pour qu'il soit possible de bien les distinguer.

Le texte arabe dit : l'hémorroïsse, le Seigneur, les foules.

 

A droite la scène de la Résurrection de la fille de Jaïre. Le Christ, au centre un peu isolé, sa puissance est manifestée, devance un groupe de trois personnes, ses trois compagnons. Il tend la main droite vers la fillette couchée sur le sol. En face de lui deux autres personnages, la famille, sont penchées vers la fillette.

Et le texte arabe dit : le Seigneur et ses disciples, la résurrection de la fille du chef.

Ici le nombre de personnages est restreint.

 

Des deux côtés, Jésus se penche vers quelqu’un qui souffre : la femme courbée, puis descendant plus bas encore la jeune fille morte. D’une vignette à l’autre, Jésus descend toujours plus bas pour relever l’humanité détruite par la souffrance et le mal.



Le texte biblique

 Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer.

 

 Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds

 et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »

Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

 Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… –

 elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré -

 cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.

 Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »

 À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.

Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? »

 Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” »

 Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela.

 Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.

 Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? »

Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. »

Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques.

 Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris.

Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. »

 Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant.

 Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »

Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur.

 Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.

 

Mc 5,21-43



Commentaires

Marc réunit ici dans un même récit deux histoires imbriquées l'une dans l'autre (on parle parfois de « sandwich marcien !) : la supplique de Jaïre, la guérison d'une femme incurable, la résurrection de la fille de Jaïre.

Les deux récits ont des points communs. Les deux personnages sont féminins, une femme et une fillette. Et dans les deux cas la foi est au cœur des démarches entreprises auprès de Jésus.

 

Jésus est revenu sur la rive occidentale du lac, la foule est nombreuse, tout est réuni pour la manifestation de la puissance salvifique de Jésus.

Le chef de la synagogue Jaïre se montre confiant en Jésus et sa demande prouve une foi profonde en Jésus. Sa fille est près de la mort. Jésus sans mot dire est sensible à la détresse de cet homme, il part avec lui, suivi de la foule.

On peut imaginer la bousculade. Dans la foule une femme atteinte d'hémorragies chroniques depuis douze ans, est dans un cas désespéré. De plus selon la loi juive elle est dans un état d'impureté légale, tout contact avec elle est proscrit. (Lv 15, 9-27). Pourtant cette femme a une grande foi, et elle vient malgré tout toucher le vêtement de Jésus. Pourquoi ? Dans l'ancien Orient le vêtement est le symbole de la personnalité. Toucher le vêtement, c'est atteindre la personne elle-même. Ce contact réussit , et l'hémorragie cesse de façon instantanée. Elle le ressent physiquement.

Quant à Jésus, il réalise que sa puissance a été pleinement efficace. L’accent est bien mis sur le caractère physiologique de la guérison.

Jésus se retourne vivement pour voir qui l'a touché. Il pose la question qui sonne comme un reproche. Difficile de savoir qui l'a touché tant la foule est dense. Mais Jésus regarde autour de lui, il veut connaître l'auteur de ce geste audacieux. Alors la femme lui parle et ose lui avouer sa guérison. Elle s'attend aux reproches de Jésus. Mais Jésus lui donne un message libérateur « va ta foi t'a sauvée. Va en paix ». La signification de l’événement est donnée : au-delà de la guérison physique, l'important est la foi qui sauve. Ce sont les termes que la femme avait employée « je serai sauvée ».

Cet épisode veut montrer que la foi parvient même à arracher à Jésus un miracle involontaire. Marc montre en Jésus le libérateur de tout mal. Le mal ici était double, une maladie incurable à l'époque et plus encore la quasi exclusion dont souffrait cette femme, « hors la loi » de la société religieuse patriarcale de l'époque.

 

Puis l'histoire interrompue de Jaïre reprend. Jésus fait route vers la maison de chef de la synagogue, mais des gens de la maison annoncent le décès de la fillette. « a quoi bon déranger le maître » ? Cela montre leur manque de foi. Mais Jésus ne se laisse pas arrêter par ce nouvel obstacle. Il dit au père éprouvé, « ne crains pas, crois seulement », un appel à un sursaut d'espérance. Il veut faire taire les pleurs de deuil, et affirme que la fillette dort ; il chasse les gens qui se moquent de lui, qui n'ont pas foi en lui. Et c'est dans l'intimité de la foi, seulement les parents de la fillette et trois disciples qu’il fait un simple geste et prononce une parole salutaire. « Talita koum, » « lève toi » (ce qui est un verbe de résurrection). La fillette est rendue à la vie. Les témoins doivent garder le secret ; en effet la foule demeure incapable de reconnaître à Jésus un souverain pouvoir sur la mort, ce qui ne pourra être annoncé à tous qu'après sa résurrection.

 

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