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Carême (3) le bon larron

Publié le Mercredi 15 mars 2017


Titien, 1488-1576 ; Le Christ et le bon larron, vers 1563,  Pinacothèque nationale de Bologne 

Cette peinture a été authentifiée comme étant de de Titien en 1983. C’est vraisemblablement un fragment d’un retable commandé par Giovanni et Daniele d’Anna pour la chapelle de leur famille dans l’Église San Salvador à Venise.

En 1566 l’œuvre est décrite par Vasari qui la voit dans l’atelier du maître, comme « une grande toile avec le Christ en croix, les deux larrons et, en bas, les bourreaux ».

Le fragment conservé à la pinacothèque nationale de Bologne étonne donc par sa perspective oblique alors inédite dans la Venise du 16e siècle. C’est une œuvre tardive, 10 ans avant la mort du peintre.
La toile est monochrome ; le camaïeu de bruns où les corps, le bois des croix, le cadre se fondent et se confondent, est inhabituel chez Titien, le maître des couleurs vénitiennes.

Il ne s’agit pas d’une obscurité dense, mais une ombre dorée qui domine l’arrière plan.

 

Nous voyons les deux croix dressées. Le larron et Jésus ne se regardent pas et pourtant dialoguent. Mais tout les oppose : le mouvement des têtes, celle du Christ, lumineuse, penchée en avant et celle du larron tendue vers le ciel, l’attitude des corps, celui du Christ immobile, cloué sur la croix, celui du larron en torsion, sans doute attaché avec des cordes.

 

Est-ce que Titien a voulu souligner dans l’attitude de Jésus combien Jésus a ressenti l’abandon de tous, ses amis, tout son peuple ? Il vit la solitude humaine à son plus haut degré. Pourtant Titien peint une image de Jésus claire, lumineuse à l’exception de sa tête inclinée baignée de sang mais entourée d’un halo.

 

Le larron, lui, discute, espère. Il assume ses actes. Il se repent avec ces mots « souviens toi de moi », prière biblique. Il exprime sa confiance dans le Christ. Il semble détaché de la croix, une main levée vers le ciel, et semble même danser ! Il s’élance comme pour être pris dans les bras de Jésus. Oui « aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » : la miséricorde divine l'accueille.

 

Mème à la fin de sa vie, la main tremblante, Titien a conservé ce sens très sûr de la narration et ce luminisme dont les effets poudrés font vibrer ses œuvres et permettent de passer du drame à la poésie, de la violence à la douceur.



Le texte biblique

En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis

Lc 23,43

 

 



Commentaires

Le pardon que Dieu donne est pour maintenant, pour aujourd’hui. Jésus emmène le malfaiteur avant même d’être ressuscité d’entre les morts. Dieu est avec nous aujourd’hui et dans l’éternité. Chaque acte d'amour et de pardon nous entraîne dans la vie de Dieu.

Jésus promet le bonheur, il nous promet de vivre.

***

Ainsi c'étaient ses disciples, ils l'avaient entendu personnellement, ils avaient vécu avec lui, l'avaient reconnu pour leur Maître, ils avaient été formés par lui, et il, leur était impossible d'imiter et de partager la foi du larron suspendu à, la croix ![...]

Contemplons dans le larron une foi que le Christ ne trouva point dans ses propres disciples, après sa résurrection même. Le Christ était attaché à la croix, le larron aussi ; le Christ était au milieu, les larrons à ses côtés. L'un d'eux insulte, l'autre croit, au milieu le Christ prononce la sentence. Celui qui insultait ayant dit : " Si tu es le Fils de Dieu, délivre-toi ", l'autre répondit : " Tu ne crains pas Dieu. Nous souffrons, nous, ce que nous avons mérité, mais lui, qu'a-t-il fait? " Se tournant alors vers Jésus : " Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé dans votre royaume ".

Foi admirable ! j'ignore ce qu'on y pourrait ajouter. Ils ont chancelé, ceux qui ont vu le Christ ressusciter les morts; et il a cru, celui qui le voyait près de lui suspendu au gibet. Quand ceux-là chancellent, celui-ci croit. Quel beau fruit le Christ a cueilli sur ce bois aride !

Écoutons ce que lui dit le Sauveur : " En vérité, je te le déclare, tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis ". [..]. Eh ! comment ce larron qui a passé du crime devant le juge, et du juge à la croix, espérerait-il monter de la croix au paradis ? Aussi bien, considérant ce qu'il a mérité,il ne dit pas : "  Souvenez-vous de moi pour me délivrer aujourd'hui même" ; il dit : " Lorsque vous serez arrivé dans votre royaume, alors souvenez-vous de moi " , afin que si des tourments me sont dus, je les endure seulement jusqu'alors. Mais le Christ : Il n'en sera pas ainsi; tu as envahi le royaume des cieux tu as fait violence, tu as cru, tu l'as enlevé. Aujourd'hui même tu seras avec moi dans, " le paradis ". Je ne te retarde pas ; à une foi si grande, je rends aujourd'hui ce que je dois.

En disant : " Souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé dans votre royaume ", le larron croyait, non-seulement à la résurrection du Christ, mais encore à son règne futur. C'est bien à un pendu, à un crucifié, à un homme tout sanglant et immobile, qu'il dit; " Lorsque vous serez arrivé dans votre royaume ". Et les Apôtres : " Nous espérions ". Ainsi donc le disciple a perdu l'espérance là où l'a trouvée le larron.

 

St Augustin, sermon pour la semaine de Paques, exhortation a la vraie pénitence

***

Prière de saint Bonventure

O charité empressée de mon Dieu! miséricorde diligente, libéralité sans retard, munificence vraiment prompte, c'est vers vous que s'élance notre ferveur, vers vous que se tourne notre pensée, devant vous que nous confessons nos fautes et que nous ouvrons le fond de nos cœurs.

Nous vous supplions avec confiance, vous qui, seul, êtes sans péché et pur de tout crime, et nous vous disons : Souvenez-vous de nous, Seigneur, dans votre patience.

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