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Les ouvriers de la dernière heure

Publié le Mercredi 23 août 2017


Salomon Koniinck,1609-1636 , parabole des ouvriers, 1647/8, musée de l’Ermitage, st Pétersbourg

Salomon Koninck est un peintre du siècle d’or néerlandais. Membre de la guilde d’Amsterdam il subit la puissante influence de Rembrandt, bien qu’il n’ait jamais été son élève.

Il se spécialisera dans la représentation, quelque peu anecdotique par son rendu du détail, des effets de lumière et de matière, de vieillards barbus vus à mi-corps à la manière de Rembrandt.

Une salle sombre, éclairée par une fenêtre, qui dispense la lumière par des rayons horizontaux, atteignant les visages des principaux intervenants de la scène.

Autour de la table près de la fenêtre sont assis la famille du maître, avec le comptable qui tient les livres de compte.

Le maître, élégant, coiffé d’un beau chapeau a la mode, donne l’argent aux ouvriers qui se présentent à lui en tenue de travail. Un peu à l’écart, dans la pénombre, d’autres ouvriers discutent entre eux.



Le texte biblique

 « En effet, le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.

Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne.

Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire.

Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.”

Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.

Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?”

 Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi.”

Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.”

Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier.

Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier.

 En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :

“Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !”

 Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?

Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi :

n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?”

C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

Mt 20, 1-16



Commentaires

Voila une parabole bien connue, et pourtant bien intrigante !

Jésus utilise comme il en a l’habitude, une situation de départ assez banale à l’époque. Un propriétaire sort au petit matin pour embaucher des ouvriers à la journée. La période d’embauche et le versement des salaires sont les points que Jésus utilise pour sa démonstration. Un contrat est fixé avec les premiers ouvriers, et il en sera de même pour les ouvriers arrivés trois heures plus tard. Le maître dit qu’il donnera ce qui est juste. La phrase peut paraître floue, la formule est ambiguë. Mème scénario trois heures et six heures plus tard, cette fois sans précision. La dernière embauche aura lieu trois heures avant la fin de la journée. Puis vient le soir et le moment de verser les salaires

On commence par les derniers venus et ils sont payés le même tarif que ce qui était convenu avec les premiers venus, qui pensent donc aussitôt qu’ils vont être payés plus ! C’est évidemment le fait de recevoir le même salaire qui va déclencher leur colère. Mais le maître donne ce qui était convenu. Le contrat est honoré.

 


Alors que faut -il entendre par ce qui est juste ?

Les deux points de vue sont confrontés.

Le maître affirme sa totale liberté et émet des soupçons sur l’état d’âme de son interlocuteur : « Es tu jaloux parce que je suis bon ? ». En fait il y a là une profonde remise en question de l’image du monde de l’époque.... et probablement de la nôtre aussi.

Jésus pose une autre compréhension du rapport au travail et surtout du rapport à soi-même et aux autres. Sa logique n’est pas celle de ce monde mais celle du Royaume annoncé qui affirme que chaque homme a le même droit de vivre indépendamment de sa force ou de sa quantité de travail, car il est également aimé de Dieu.

Ce que propose la parabole, c'est une autre compréhension de Dieu et de sa relation à l’homme.

Celle-ci ne doit plus être fondée sur une justice retributive, mais sur une justice nouvelle, extérieure à ce monde, qui reconnaît l’autre indépendamment de ses qualités.

Et Jésus généralise : les premiers seront les derniers, ce qui représente un changement profond du système des valeurs.

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