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La guérison du possédé

Publié le Lundi 19 mai 2008



Les très riches Heures du Duc de Berry, 15e, la guérison du possédé, fol 166, Musée Condé, Chantilly

La scène reprend presque à la lettre le texte de l’Evangile de Marc.
D’abord la foule des juifs, scribes et pharisiens, derrière Jésus, avec leurs riches habits et leurs chapeaux tels qu’on les représente au 15è siècle . Elle est située dans une salle ornée de colonnes et de piliers élancés sous une voûte peinte en bleu, les petites statues, si bien que tout rappelle la salle où était représentée la flagellation de ces Très Riches Heures (folio 144r).

Le Christ, dans sa large tunique bleue imposante, bénit l’enfant qui lutte contre la maladie, aux prises avec de fortes convulsions. : son corps se tord, ses bras s’agitent largement. Son père doit le retenir avec force. Le père et le fils sont liés avec force, Jésus les guérit tous les deux, l’un pour augmenter encore plus sa foi, l’autre pour le guérir.

Cela évoque bien les descriptions réalistes décrites dans le texte de Marc.

Mais Jésus guérit l’enfant, par une bénédiction de la main, geste qui fait le lien entre lui et l’enfant, c’est le centre du tableau. Le diable sort de la tête, diable effrayant comme un dragon aux ailes noires.

Tous les spectateurs de part et d’autre, vêtus de tuniques rouges qui donnent une nouvelle symétrie à la scène, sont impressionnés par ce miracle.

Le ramage doré qui se détache du fond de la scène se retrouve dans plus sieurs folios des Belles Heures, donne une atmosphère sacrée.



Le texte biblique

En rejoignant les autres disciples, ils virent une grande foule qui les entourait, et des scribes qui discutaient avec eux. Aussitôt qu'elle vit Jésus, toute la foule fut stupéfaite, et les gens accouraient pour le saluer. Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux ? » Un homme dans la foule lui répondit : « Maître, je t'ai amené mon fils, il est possédé par un esprit qui le rend muet ; cet esprit s'empare de lui n'importe où, il le jette par terre, l'enfant écume, grince des dents et devient tout raide. J'ai demandé à tes disciples d'expulser cet esprit, mais ils n'ont pas réussi. » Jésus leur dit : « Génération incroyante, combien de temps devrai-je rester auprès de vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? Amenez-le auprès de moi. » On l'amena auprès de lui. Dès qu'il vit Jésus, l'esprit secoua violemment l'enfant ; celui-ci tomba, il se roulait par terre en écumant. Jésus interrogea le père : « Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ? » Il répondit : « Depuis sa petite enfance. Et souvent il l'a même jeté dans le feu ou dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu y peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous ! » Jésus reprit : « Pourquoi dire : 'Si tu peux'... ? Tout est possible en faveur de celui qui croit. » Aussitôt le père de l'enfant s'écria : « Je crois ! Viens au secours de mon incroyance ! » Jésus, voyant que la foule s'attroupait, interpella vivement l'esprit mauvais : « Esprit qui rends muet et sourd, je te l'ordonne, sors de cet enfant et n'y rentre plus jamais ! » L'esprit poussa des cris, secoua violemment l'enfant et sortit. L'enfant devint comme un cadavre, de sorte que tout le monde disait : « Il est mort. » Mais Jésus, lui saisissant la main, le releva, et il se mit debout. Quand Jésus fut rentré à la maison, seul avec ses disciples, ils l'interrogeaient en particulier : « Pourquoi est-ce que nous, nous n'avons pas pu l'expulser ? » Jésus leur répondit : « Rien ne peut faire sortir cette espèce-là, sauf la prière.
Mc 9,14-29



Commentaires

Tout ce passage gravite autour de la foi des hommes, que ce soit celle les disciples ou celle de la foule ou celle du père de l’enfant, et de la puissance et la liberté qu’elle donne. Jésus n’hésite pas à parler de « génération incrédule », Il s’adresse à tous, la foule, les scribes qui connaissant bien l’Ecriture ont une forte influence sur le peuple juif. Jésus est un Rabbi connu, recherché pour la maîtrise de son enseignement et ses dons thérapeutiques.
C’est au père de l’enfant que Jésus demande une confession publique de foi « tout est possible à celui qui croit », tout est possible à Dieu en faveur de celui qui croit. Dieu est toujours là quand la foi est présente.
Dans l’esprit du temps toute maladie est mise au compte d’une possession démoniaque. (aujourd’hui nous pouvons comprendre qu’il s’agit d’épilepsie). Si les disciples se sont avérés impuissants à guérir l’enfant, Jésus l’explique par un manque de foi en la puissance de Dieu (comme les prophètes le disaient déjà dans le psaume 94,7-9). Ainsi Jésus lance un appel pressant à croire en Dieu, en la puissance à vaincre le Mal.
Jésus voit la souffrance de l’enfant et du père : la description du mal –une crise d’épilepsie- est bien réaliste. Il s’y intéresse dans un dialogue très humain comme nous le ferions au chevet d’un malade. Mais ce qui lui importe c’est l’affirmation de la foi du père, de sa confiance en Dieu.
La remarque de Jésus est ambiguë : « tout est possible à celui qui croit ». Qui est celui qui croit ? Jésus lui-même, dans sa confiance infinie envers Dieu et dans la confiance toujours renouvelée qu’il fait aux hommes ? Le père de l’enfant ? Celui-ci ne s’y trompe pas : il s’écrie « je crois ». Puis il se corrige : la foi n’est jamais certitude, elle n’est jamais acquise, elle est au mieux désir, désir de croire, désir éperdu de faire confiance à Dieu ; et le véritable croyant est celui qui sait combien sa foi est faible, et qui demande la foi : « viens en aide à mon manque de foi » !
Nous ne pouvons jamais affirmer que nous croyons, simplement nous pouvons supplier Dieu de nous arracher à notre incroyance, à notre incapacité à lui faire confiance.
Et Jésus « relève » l’enfant, le « remet debout », vocabulaire choisi pour évoquer la Résurrection.
C’est bien la foi du père qui a vaincu la puissance du mal, et qui a guéri l’enfant ; car par sa foi, il a laissé place à la force de la résurrection, à la présence de l’Esprit de Dieu.
Le texte se poursuit par un dialogue entre Jésus et les disciples en privé (ils sont rentrés à la maison). Certes la puissance de l’esprit de force et de guérison leur est donnée, et cela par leur prière fervente dans la foi, c’est elle qui est la plus puissante. La puissance de la prière est accordée à tous, apôtres, disciples, simples fidèles. Cet enseignement sur la puissance de la foi et de la prière, Marc en reparlera quelques chapitres plus loin de son évangile (chap. 11, parabole du figuier stérile), et il avait déjà insisté sur ce sujet lors de l’épisode de la tempête apaisée, ou de la multiplication des pains. La force des disciples réside dans le fait de se tenir en présence de Dieu dans la foi, et de le supplier sans cesse par la prière.



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