En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Isaïe le serviteur

Publié le Mardi 24 juin 2008


Guiard des moulins, bible historiale, Miniature Paris, 4e quart du 14e siècle, Bibliothèque Nationale

« Le seigneur m’a appelé, il a prononcé mon nom ».
Du ciel Dieu bénit Isaïe, l’appelle à la mission. L’expression de Dieu est à la fois douce, protectrice, mais aussi très sérieuse. La mission qu’il confie au prophète est grande : dénoncer le péché du peuple, le ramener à la fidélité ; c’est la survie même du peuple d’Israël qui est en cause. Au-delà le prophète est appelé à devenir lumière pour toutes les nations.
Isaïe, quant à lui, est agenouillé en présence de son Dieu. Mains jointes il le prie, il tient en sa main le texte des prophéties qu’il doit professer. Son regard est inquiet de la mission qui lui est confiée, mais il fait confiance, il est calme. En quelques traits la convergence des regards donne une incroyable impression de compréhension profonde et même d’intimité entre Dieu et le prophète.
Dieu émerge de la nuée, mais cette nuée a l’allure du feu, de la lumière qu’il veut envoyer sur terre par l’intermédiaire de Moïse, annonciateur de son propre fils. Le fond de la miniature est bleue, comme une verrière qui laisse passer la lumière. Isaïe, lui est placé devant un tapis beige, que la verrière entoure.
Derrière Dieu on aperçoit un séraphin, créature céleste qui apparaît dans la vision qui détermine la vocation d’isaïe. (Is 6, 2-3). Le mot signifie en hébreu « brûlant ». Sa présence renvoie bien à la sainteté de Dieu et à son rayonnement lumineux



Le texte biblique

Écoutez-moi, îles lointaines !
Peuples éloignés, soyez attentifs !
J'étais encore dans le sein maternel
quand le Seigneur m'a appelé ;
j'étais encore dans les entrailles de ma mère
quand il a prononcé mon nom.
Il a fait de ma bouche une épée tranchante,
il m'a protégé par l'ombre de sa main ;
il a fait de moi sa flèche préférée,
il m'a serré dans son carquois.
Il m'a dit :
« Tu es mon serviteur, Israël,
en toi je me glorifierai. »
Et moi, je disais :
« Je me suis fatigué pour rien,
c'est pour le néant, c'est en pure perte
que j'ai usé mes forces. »
Et pourtant, mon droit subsistait aux yeux du Seigneur,
ma récompense auprès de mon Dieu.
Maintenant le Seigneur parle,
lui qui m'a formé dès le sein de ma mère
pour que je sois son serviteur,
que je lui ramène Jacob
et que je lui rassemble Israël.
Oui, j'ai du prix aux yeux du Seigneur,
c'est mon Dieu qui est ma force.
Il parle ainsi :
«C'est trop peu que tu sois mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob
et ramener les rescapés d'Israël :
je vais faire de toi la lumière des nations,
pour que mon salut
parvienne jusqu'aux extrémités de la terre.»
Is 49,1-6



Commentaires

La deuxième partie du livre d'Isaïe dont fait partie notre texte, est une collection d'oracles qui ont été proférés à Babylone, à l'occasion de la montée en puissance des Perses, puis de la prise de la ville par Cyrus, roi des Perses, qui a permis aux exilés de rentrer chez eux.
Vers la fin de l’exil à Babylone, les déportés entrevoient la tâche du Reste d’Israël. Cette élite spirituelle devra regrouper le peuple pour le ramener vers Dieu. Elle devra aussi proposer le même chemin aux autres nations. Ainsi se réalisera le grand projet de Dieu : rassembler les hommes de tous les peuples pour les unir à lui. Le prophète joue un rôle central dans ce projet universel. Peu étonnant que Dieu pose autant d’actions en sa faveur.
Le prophète se présente ici comme le Serviteur choisi, que Dieu a appelé « dès le sein maternel ». Alors que le peuple était « révolté dès le sein maternel » (Is 48,8), et que l’homme dès le commencement refuse d’écouter Dieu, le Serviteur au contraire est celui qui tend l’oreille et se laisse façonner par l’appel et par la parole de Dieu. La parole d’Isaïe est vigoureuse, percutante et redoutable. Dieu lui donne les armes nécessaires : sa parole porte le grand projet d’alliance de Dieu .
Pourtant le prophète a conscience de sa faiblesse, la dureté des hommes qui ne l’écoutent pas et persévèrent dans leur méchanceté l’accable et le conduit au bord du doute et du désespoir. Mais la parole du Seigneur lui rappelle que tout lui vient de Dieu ; la force qui le soutient et l’anime n’est pas la sienne : sa réponse sera celle de la foi. Dans les difficultés qu’il connaîtra, ses efforts pourraient paraître inutiles, mais il mettra toute sa confiance en Dieu, en gardant pour certitude : « oui j’ai du prix aux yeux du Seigneur ».

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