En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Le carême : la violence (1)

Publié le Mardi 25 février 2020


La violence fait aujourd’hui partie de notre quotidien. Elle nous touche tous, et par moment semble submerger nos pays dits civilisés.

Pendant le carême le CETAD vous propose de lire quelques textes de la Bible, Ancien Testament et Nouveau Testament, pour découvrir combien la question de la violence est intimement mêlée à la question de Dieu. C’est la relation de Dieu et de l’humanité qui est en jeu ; car la violence humaine peut conduire à la destruction de la création. Elle conduira à la croix de Jésus l’Envoyé de Dieu, et au pardon accordé. Par lui viendra l’Esprit qui ouvre un monde nouveau. La violence humaine est alors invitée à se convertir en une autre violence, celle de l’amour fou de Dieu.

L’histoire de la violence dans la Bible, commence dès que s’introduisent le soupçon et la jalousie. Le constat est lucide : le frère tue le frère…

 

 

Caïn et Abel, panneau en ivoire, cathédrale de Salerne, v 1084

Cette plaque d’ivoire représentant l’histoire de Caïn et Abel provient d’un ambon ou d’un devant d’autel probablement réalisé pour la cathédrale de Salerne en Italie, consacrée par Grégoire VII en 1084.

Les deux scènes sont séparées par une colonnette représentant le sacrifice de Caïn et Abel, puis le meurtre d’Abel et la malédiction de Caïn.

Sur la gauch, chacun présente son offrande à Dieu (un bouquet d’épis pour Caïn et un agneau pour Abel). Dieu est symbolisé par la main émergeant des nuées. Son doigt est pointé vers Abel qui offre le sacrifice préféré de Dieu .

Sur la droite, Caïn, jaloux étrangle son, frère. Le corps relâché d’Abel et ses yeux mi-clos indiquent qu’il est mort.

Caïn effrayé voit sortir des nuées Dieu qui le condamne à fuir éternellement.

Les deux frères sont vêtus de tuniques courtes retroussées à la taille et portent des pantalons à rayures glissés dans de hautes bottes décorées d’un motif en treillis.

Autrefois les yeux étaient incrustés de perles de verre, ce qui devait rajouter à la vivacité des expressions.

 

Ce récit bien connu et très souvent représenté dans l’art, se situe juste après qu’Eve a été appelée « la mère des vivants » : elle transmet la vie pour la première fois, et la mort vient lui faire obstacle.

Les deux offrandes sont spécifiques à leurs activités, Caïn le cultivateur, Abel le berger.

Le texte ne dit rien sur les raisons de la préférence de Dieu pour l’offrande d’Abel ; une préférence qui pourtant ne le condamnait pas. Caïn ne comprend pas et il en est fort irrité et jaloux. Pourquoi est-il mis à l’épreuve ? Dieu lui demande de bien agir, de relever la tête et de regarder autrement son frère.

Pourquoi se laisser envahir par la jalousie et la haine qui conduisent au meurtre ? Les différences entre les hommes suscitent la rivalité ; elles ouvrent la porte au péché, qui est toujours proche comme une bête tapie à notre porte.

La colère envahit Caïn. La violence s’insinue dans la relation entre les hommes.

Abel apparaît comme la victime de la violence de son frère, son sang est versé.

Tout sang versé dans la Bible appelle un vengeur (en hébreu « goèl », rédempteur, racheteur). Ici c’est Dieu lui-même qui se fait le rédempteur, car il est le protecteur et le gardien de toute vie.

Caïn est maudit, c’est à dire coupé de sa communauté d’origine. Mais, même s’il est éloigné de la face du Seigneur qui est source de vie, il reçoit un signe protecteur. Dieu n’abandonne pas le meurtrier.

 



Le texte biblique

 L’homme s’unit à Ève, sa femme : elle devint enceinte, et elle mit au monde Caïn. Elle dit alors : « J’ai acquis un homme avec l’aide du Seigneur ! »

Dans la suite, elle mit au monde Abel, frère de Caïn. Abel devint berger, et Caïn cultivait la terre.

 Au temps fixé, Caïn présenta des produits de la terre en offrande au Seigneur.

 De son côté, Abel présenta les premiers-nés de son troupeau, en offrant les morceaux les meilleurs. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande,

 mais vers Caïn et son offrande, il ne le tourna pas. Caïn en fut très irrité et montra un visage abattu.

 Le Seigneur dit à Caïn : « Pourquoi es-tu irrité, pourquoi ce visage abattu ?

 Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas ton visage ? Mais si tu n’agis pas bien…, le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer. »

 Caïn dit à son frère Abel : « Sortons dans les champs. » Et, quand ils furent dans la campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua.

Le Seigneur dit à Caïn : « Où est ton frère Abel ? » Caïn répondit : « Je ne sais pas. Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? »

Le Seigneur reprit : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi !

Maintenant donc, sois maudit et chassé loin de cette terre qui a ouvert la bouche pour boire le sang de ton frère, versé par ta main.

 Tu auras beau cultiver la terre, elle ne produira plus rien pour toi. Tu seras un errant, un vagabond sur la terre. »

 Alors Caïn dit au Seigneur : « Mon châtiment est trop lourd à porter !

Voici qu’aujourd’hui tu m’as chassé de cette terre. Je dois me cacher loin de toi, je serai un errant, un vagabond sur la terre, et le premier venu qui me trouvera me tuera. »

 Le Seigneur lui répondit : « Si quelqu’un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois. » Et le Seigneur mit un signe sur Caïn pour le préserver d’être tué par le premier venu qui le trouverait.

Caïn s’éloigna de la face du Seigneur et s’en vint habiter au pays de Nod, à l’est d’Éden.

Gn 4,1-16



Commentaires

Lors donc que Caïn connut que Dieu n’avait point regardé son sacrifice et qu’il avait regardé celui de son frère, il devait imiter Abel et non pas lui porter envie; mais la tristesse et l’abattement qu’il en ressentit constituent principalement le péché que Dieu reprit en lui, savoir de s’attrister de la bonté d’autrui, et surtout de celle de son frère. Ce fut le sujet de la réprimande qu’il lui adressa, quand il lui di t: « Pourquoi « êtes-vous triste et abattu? » Dieu voyait bien au fond qu’il portait envie à son frère, et c’est de quoi il le reprenait.

[..]

Mais du moment que Dieu lui déclare pour quelle raison il n’avait pas voulu recevoir son offrande, et qu’il devait moins imputer ce refus à son frère qu’à lui- même, il fait voir que Caïn était rongé d’une secrète jalousie.
Comme Dieu ne voulait pas, après tout, l’abandonner sans lui donner quelque avis salutaire : « Tenez-vous en repos, lui dit-il; car il se tournera vers vous, et vous lui commanderez ». Est-ce de son frère qu’il parle ? Non vraiment, mais bien de son péché, car il avait dit auparavan t: « Ne péchez-vous pas? » puis il ajoute : « Tenez-vous en repos; car il se tournera vers vous, et vous lui commanderez ».

[..]

C’est l’avertissement que Dieu donne à celui qui était transporté d’envie contre son frère, et qui voulait ôter du monde celui qu’il devait plutôt imiter « Tenez-vous en repos », lui dit-il, c’est-à-dire : Ne commettez pas le crime que vous méditez; que le péché ne règne point en votre corps mortel, et n’accomplissez point ses désirs déréglés; n’abandonnez point vos membres au péché pour lui servir d’instruments à mal faire; car il se tournera vers vous, pourvu que, au lieu de le seconder, vous tâchiez de le réprimer, et vous aurez empire sur lui, parce que, lorsqu’on ne lui permet pas d’agir au dehors, il s’accoutume à ne se plus soulever au dedans contre la raison.

Saint Augustin, (354-430) La cité de Dieu, chap 7

 

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