En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Le carême : la violence (3)

Publié le Mercredi 11 mars 2020


L’idolâtrie est au centre de la violence. L’objet caractéristique en est le veau d’or, image animale symbole de la puissance vitale qui fascine l’homme créé à l’image de Dieu. En réalité il s’agit d’un taureau, puissant dans ses qualités de reproducteur et de combattant grâce à ses cornes.

Le taureau est l’animal du dieu Baal, associé au tonnerre. Des sacrifices sanglants sont liés au culte des idoles.

 

Nicolas Poussin, 1594-1665, L'Adoration du Veau d'or 1633-1634, National Gallery, Londres

 

Nicolas Poussin réalisa ce tableau en pendant de « La traversée de la Mer Rouge » pour son mécène romain. Le sujet en est clairement tiré du chapitre 32 de l’Exode.

L’imposant veau d’or, en fait un taureau grandeur nature, est placé sur un socle surmonté d’un piédestal légèrement à gauche.

Une joyeuse farandole de danseurs s’agite autour de la statue. Les danseurs se tiennent la main, unis dans leur élan. Leurs bras vont dans toutes les directions du tableau entraînant notre œil à balayer chaque élément de gauche à droite, depuis les adorateurs jusqu’à Moïse dans la montagne. La chorégraphie est entraînante et énergique. Une danseuse tend vers Aaron au centre, un petit bouquet de fleurs blanches. Poussin les dessine comme des sculptures antiques avec des corps musclés, leurs tuniques flottent comme celles des draperies dans les frises de temple.

Une grande foule d’hommes et de femmes est rassemblée sur le flanc de la colline devant leurs tentes. Ils sont agenouillés levant les bras en signe d’adoration.

Devant eux, Aaron vêtu de blanc, harangue la foule pour adorer le veau d’or, grands gestes à l’appui.

Deux grands arbres encadrent la scène, l’un à droite est sec, l’autre à gauche est feuillu.

Un groupe d’hommes à l’arrière voit avec terreur le geste de Moïse qui descend de la montagne du Sinaï. Il est accompagné de Josué et laisse aller sa colère, voulant jeter et briser les tables de la Loi.

 

En identifiant une idole, le veau en métal fondu, aux dieux qui l’ont fait monter d’Égypte le peuple méconnaît ou refuse de reconnaître l’intervention de Dieu, son véritable libérateur en sa faveur. Le culte des idoles signifie la rupture unilatérale de l’alliance à l’initiative du peuple. Cela permet d’expliquer la violence du discours de Dieu : « je vois que ce peuple est un peuple à la tête dure, maintenant , laisse-moi faire, ma colère va s’enflammer contre eux et je vais le s engloutir ». Il veut se détourner d’Israël, en lui substituant un autre peuple, issu de Moïse.

Mais Moïse intervient en faveur du peuple, et Dieu revient sur sa sanction. Et l’auteur de ce texte de l’Exode énonce la foi d’Israël en la miséricorde de Dieu et en l’efficacité de la médiation de Moïse.



Le texte biblique

Le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne. Il se rassembla contre Aaron et lui dit : « Debout ! Fais-nous des dieux qui marchent devant nous. Car ce Moïse, l’homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. »

 Aaron leur répondit : « Enlevez les boucles d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils, de vos filles, et apportez-les moi. »

Tout le peuple se dépouilla des boucles d’or qu’ils avaient aux oreilles et ils les apportèrent à Aaron.

Il reçut l’or de leurs mains, le façonna au burin et en fit un veau en métal fondu. Ils dirent alors : « Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte. »

 Ce que voyant, Aaron bâtit un autel en face du veau en métal fondu et il proclama : « Demain, fête pour le Seigneur ! »

Le lendemain, levés de bon matin, ils offrirent des holocaustes et présentèrent des sacrifices de paix ; le peuple s’assit pour manger et boire ; puis il se leva pour se divertir.

 Le Seigneur parla à Moïse : « Va, descends, car ton peuple s’est corrompu, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte.

Ils n’auront pas mis longtemps à s’écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre ! Ils se sont fait un veau en métal fondu et se sont prosternés devant lui. Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant : “Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.” »

 Le Seigneur dit encore à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide.

Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les exterminer ! Mais, de toi, je ferai une grande nation. »

 Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu en disant : « Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par ta grande force et ta main puissante ?

 Pourquoi donner aux Égyptiens l’occasion de dire : “C’est par méchanceté qu’il les a fait sortir ; il voulait les tuer dans les montagnes et les exterminer à la surface de la terre” ? Reviens de l’ardeur de ta colère, renonce au mal que tu veux faire à ton peuple.

Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même : “Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel ; je donnerai, comme je l’ai dit, tout ce pays à vos descendants, et il sera pour toujours leur héritage.” »

Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

Moïse redescendit de la montagne. Il portait les deux tables du Témoignage ; ces tables étaient écrites sur les deux faces ;

 elles étaient l’œuvre de Dieu, et l’écriture, c’était l’écriture de Dieu, gravée sur ces tables.

Josué entendit le bruit et le tumulte du peuple et dit à Moïse : « Bruit de bataille dans le camp. »

 Moïse répliqua : « Ces bruits, ce ne sont pas des chants de victoire ni de défaite ; ce que j’entends, ce sont des cantiques qui se répondent. »

 Comme il approchait du camp, il aperçut le veau et les danses. Il s’enflamma de colère, il jeta les tables qu’il portait, et les brisa au bas de la montagne.

 Il se saisit du veau qu’ils avaient fait, le brûla, le réduisit en poussière, qu’il répandit à la surface de l’eau. Et cette eau, il la fit boire aux fils d’Israël.

Moïse dit à Aaron : « Qu’est-ce que ce peuple t’avait donc fait, pour que tu l’aies entraîné dans un si grand péché ? »

 Aaron répondit : « Que mon seigneur ne s’enflamme pas de colère ! Tu sais bien que ce peuple est porté au mal !

C’est eux qui m’ont dit : “Fais-nous des dieux qui marchent devant nous. Car ce Moïse, l’homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé.”

 Je leur ai dit : “Ceux d’entre vous qui ont de l’or, qu’ils s’en dépouillent.” Ils me l’ont donné, je l’ai jeté au feu, et il en est sorti ce veau. »

Moïse vit que le peuple était débridé, car Aaron leur avait laissé la bride sur le cou, les exposant aux moqueries de leurs adversaires.

 Alors, Moïse vint à la porte du camp et dit : « À moi, les partisans du Seigneur ! » Et tous les fils de Lévi se groupèrent autour de lui.

 Il leur dit : « Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : Mettez l’épée au côté, parcourez le camp de porte en porte, et tuez qui son frère, qui son ami, qui son proche ! »

 Les fils de Lévi exécutèrent la parole de Moïse et, parmi le peuple, il tomba, ce jour-là, environ trois mille hommes.

 Puis Moïse dit : « Recevez aujourd’hui l’investiture pour le Seigneur ; vous l’avez mérité, l’un au prix de son fils, l’autre au prix de son frère, et que le Seigneur vous accorde aujourd’hui sa bénédiction. »

 Le lendemain, Moïse dit au peuple : « Vous avez commis un grand péché. Maintenant, je vais monter vers le Seigneur. Peut-être obtiendrai-je la rémission de votre péché. »

Moïse retourna vers le Seigneur et lui dit : « Hélas ! Ce peuple a commis un grand péché : ils se sont fait des dieux en or.

Ah, si tu voulais enlever leur péché ! Ou alors, efface-moi de ton livre, celui que tu as écrit. »

Ex 32



Commentaires

Le peuple entier a beau pécher, il ne décourage pas l'amour de Dieu pour l'humanité.

Le peuple fabriqua un veau et Dieu ne se départit pas de son amour ; les hommes renièrent Dieu, mais Dieu ne se renia pas lui-même.

« Voici tes dieux, Israël » avaient dit (les Hébreux), et même après cela le Dieu d'Israël, fidèle à lui-même, se fit leur sauveur.

Or le peuple ne fut pas seul à pécher ; avec lui pécha son grand prêtre Aaron. C'est en effet Moïse qui dit : « La colère du Seigneur s'éleva aussi contre Aaron et » , ajouta-t-il, « je prierai pour lui, et Dieu lui pardonna. »

Alors Moïse, priant pour le grand prêtre pécheur, désarma le Seigneur, et Jésus, le Fils unique, lorsqu'il prie pour nous, ne désarmerait pas Dieu ?

(Celui-ci) n'empêcha pas Aaron coupable d'accéder à la fonction de grand prêtre, et il t'empêcherait, toi qui sors du paganisme, d'accéder au salut ? Fais désormais pénitence, toi aussi, ô homme, de la même manière, et rien n'empêchera la grâce de venir à toi. Adopte dorénavant une conduite irréprochable, car Dieu aime les hommes en vérité, et de cet amour nul ne pourra jamais fournir une explication plausible : quand bien même toutes les langues des hommes se grouperaient ensemble, elles demeureraient encore incapables de rendre un compte, même partiel, de l'amour de Dieu pour l'humanité.

Cyrille de Jérusalem (313-386) deuxième catéchèse baptismale

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