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Jérémie appelle à la conversion

Publié le Lundi 27 juillet 2020


Marc Chagall (1887 – 1985) Le prophète Jérémie, lithographie pour la Bible., musée Chagall

 


Dans son premier cycle de la Bible, Chagall s'est tout particulièrement intéressé aux prophètes. Il a consacré plusieurs dessins à Jérémie, ce prophète profond et tiraillé par les soucis qu'il se fait pour son peuple de par sa responsabilité en tant que prophète.

Jérémie, prophète sous le règne de Joiaqim et de Sédécias, successeurs de Josias, est témoin d’une époque décadente, qu’il dénonce dans ses prophéties. Annonçant sans relâche la chute de Jérusalem et de la destruction du Temple par les Babyloniens (598-587 avant notre ère), Jérémie est fréquemment représenté en lamentations à la suite de la destruction de la ville.

Dans cette lithographie Chagall montre le prophète, le rouleau de la Torah fermement tenu dans ses bras, plongé dans des pensées sombres. Pourquoi doit-il être l’annonciateurs de calamités, ce qui ne lui apportait qu’ennemis, railleries et malheurs.

Chagall montre ainsi la figure du prophète en lamentations, optant pour un point de vue très rapproché. Les traits du visage de Jérémie expriment sa douleur. ; les yeux baissés, il est représenté en vieillard à la longue barbe blanche et au front parsemé de rides, sa bouche entrouverte semble laisser passer une longue plainte.

La présence de l’âne est fréquente chez Chagall. Il est souvent le double de l’artiste, choisi pour son caractère doux, paisible.

Pourtant Chagall insinue par des couleurs sensibles et profondes, que Dieu, à ce moment se penche sur son prophète et l’habite : le visage est entouré d’or, un jaune rayonnant, qui est le signe de la présence du Seigneur. Sa robe verte, est le signe d’une vive espérance. Dans son dos des couleurs plus claires laissent présager un nouveau jour.



Le texte biblique

  Tu leur diras cette parole : Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde.

  Si je sors dans la campagne, voici les victimes de l’épée ; si j’entre dans la ville, voici les souffrants de la faim. Même le prophète, même le prêtre parcourent le pays sans comprendre.

As-tu donc rejeté Juda ? Es-tu pris de dégoût pour Sion ? Pourquoi nous frapper sans remède ? Nous attendions la paix, et rien de bon ! le temps du remède, et voici l’épouvante !

  Seigneur, nous connaissons notre révolte, la faute de nos pères : oui, nous avons péché contre toi !

  À cause de ton nom, ne méprise pas, n’humilie pas le trône de ta gloire ! Rappelle-toi : ne romps pas ton alliance avec nous !

 Parmi les idoles des nations, en est-il qui fassent pleuvoir ? Est-ce le ciel qui nous donnera les pluies ? N’est-ce pas toi, Seigneur notre Dieu ? Nous espérons en toi, car c’est toi qui as fait tout cela.

 


Jr 14,17-22



Commentaires

Etabli par Dieu « prophète pour les nations » (1,5), Jérémie est envoyé dans le contexte politique extrêmement troublé qui est celui du royaume de Juda dans les dix ou quinze années qui précèdent la chute de Jérusalem en 597, puis en 587.

 

A Jérusalem, Jérémie se heurte très vite à l’hostilité du peuple, puis du roi Joiaqim (609-598) et de son entourage, au point que le roi lacère et brûle le rouleau que Baruch vient d’écrire sous la dictée du prophète (36,21-26). Son successeur Sédécias fait jeter Jérémie dans une citerne pleine de vase : le prophète n’est sauvé que de justesse par l’intervention de l’eunuque éthiopien du palais royal (38,4-13).

La prédication de Jérémie ne se réduit pas à la dénonciation du péché, car elle a toujours pour but la conversion du peuple. Si elle dénonce la rupture entre Dieu et le peuple, elle invite sans cesse à se tourner vers celui au nom de qui il parle. Le peuple peut oublier Dieu, mais Jérémie évoque de multiples manières ce Dieu qui occupe le centre de sa vie. Dieu est source, père, miséricorde, unique salut et source d’espoir pour Israël. C’est vers lui qu’il faut se tourner. La conversion est proposée : «  Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur : Ceux qui tombent ne se relèvent-ils pas ? Celui qui se détourne ne retourne-t-il pas ? » (8,4)

Notre passage a été écrit au moment où les Babyloniens ravagent les campagnes autour de Jérusalem. La ville assiégée connaît la famine.

Jérémie est ici confronté aux faux prophètes qui égarent le peuple.

Le prophète exprime sa lamentation face à la menace de mort absolue qui pèse sur le peuple ? Ceux qui devraient guider le peuple, prophètes et prêtres, gardent le silence et ne comprennent rien. Les chapitres précédents montrent que ce malheur est de leur faute : oubli délibéré de l’alliance, refus obstiné d’écouter toute parole venue de Dieu, mépris de la Torah.

C’est ce qui est la cause des larmes de Jérémie, ou de Dieu lui-même, sans trêve, nuit et jour.

La supplication ne s’adresse pas à Dieu, puisqu’elle émane de Dieu lui-même, qui la confie au prophète pour l’adresser au peuple (« tu leur diras cette parole »).

Le peuple, par la bouche du prophète, se tourne vers le Seigneur, suppliant pour Juda et Sion qui recherchent paix, bonheur à l’ombre du figuier, sans la trouver, la guérison alors qu’il n’y a que détresse.

La reconnaissance des fautes se fait jour, la communauté, comme celle de ses pères, confesse son péché, son impiété. Les racines du mal sont anciennes.

Le seul remède est le nom ou l’honneur du Seigneur : pour le trône de ta gloire, cesse de nous rejeter, supplient-ils. Ils demandent à Dieu de se souvenir de son alliance avec eux. Ils confessent que les idoles sont impuissantes, la pluie de vient pas.

Cette prière se termine par un acte de foi, O Seigneur, nous espérons en toi, car c’est toi qui as fait toute chose. Dieu peut-il oublier le péché ? L’appel à la conversion est pressant.

 

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