En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Manger la parole

Publié le Mardi 11 août 2020


Maître de Simon de Saint Albans et collab, Ezéchiel mangeant le livre, bible des Capucins, vers 1170-1180, BNF

Le maître de la bible des Capucins, maître de Simon et de Saint Albans, est un enlumineur formé dans la région mosane, mais actif à Troyes et en Champagne dans la seconde moitié du 12e siècle. Il exécuta aussi des vitraux et des peintures murales dans la chapelle du comte de Champagne à Provins.

Cette bible des Capucins fut réalisée dans la région de Troyes (son nom provient du fait qu’elle fut acquise au 17e siècle par le couvent des Capucins de la rue saint Honoré à Paris, détruit au 19e siècle. La couvent après la Révolution servit de dépôt littéraire pour accueillir les livres confisqués aux émigrés et aux monastères supprimés. Le manuscrit est actuellement conservé à la Bibliothèque Nationale de France.

Cette lettrine illustrée, "E" pour Ezechiel, représente le prophète, fléchi, obéissant, la main levée et regardant fixement la main au-dessus de lui. Dieu introduit le rouleau de la parole dans sa bouche.

Le texte « comede volumen istud et vadens loquere filiis israel » reprend les termes du livre d’Ezéchiel : « mange ce rouleau et va parler aux fils d’Israël ».

Il est envoyé en mission.

 

 



Le texte biblique

 Et toi, fils d’homme, écoute ce que je te dis. Ne sois pas rebelle comme cette engeance de rebelles. Ouvre la bouche, et mange ce que je te donne. »

 Elle le déroula devant moi ; ce rouleau était écrit au-dedans et au-dehors, rempli de lamentations, plaintes et clameurs.

 Le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ce qui est devant toi, mange-le, mange ce rouleau ! Puis, va ! Parle à la maison d’Israël. »

  J’ouvris la bouche, il me fit manger le rouleau

 et il me dit : « Fils d’homme, remplis ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme du miel.

 Il me dit alors : « Debout, fils d’homme ! Va vers la maison d’Israël, et dis-lui mes paroles.

Ezéchiel 2,8-3,4

 



Commentaires

Ezéchiel est contemporain de la chute de Jérusalem (587). Il était prêtre à Jérusalem et fait partie du premier groupe de déportés qui ont dû quitter ma ville pour Babylone en 598. Son livre recouvre la période qui précède la chute de Jérusalem comme celle qui la suit. Il s’enracine profondément dans l’histoire du peuple d’Israël à l’un des moments les plus tragiques de son histoire.

Nous lisons un passage où le prophète obéissant, écoute, ce qui indique la transformation fondamentale d’attitude espérée pour tout le peuple. Le contraire de la rébellion, c’est l’écoute, source d’une vie nouvelle.

Cette scène du livre mangé illustre les exigences pour tout prophète : avant de dire la parole aux autres, il doit la recevoir pour lui-même et en nourrir toute sa vie.

Ezéchiel naît à la vie de prophète : il ouvre la bouche, non pas encore pour proclamer la Parole mais pour d’abord la recevoir en nourriture. Il ne formule aucune objection devant la difficulté de la tâche, c’est son premier acte d’obéissance.

Le livre a un goût de miel ! Mais son contenu a un goût amer, deuils, plaintes, lamentations.

Que la Parole rejoigne vite les exilés et qu’ils lui obéissent : voilà la douceur du miel, alors même que leur situation ne semble donner lieu qu’à la douleur et à la lamentation.

Grâce à l’Esprit qui l’a mis debout et à la nourriture venue du ciel, il est équipé pour la mission, il peut rejoindre les fils d’Israël. Son ministère manifeste la présence divine en terre d’exil. 

Ainsi cette dernière est présente au cœur d’une « engeance de rebelles » et cette présence est déjà une première victoire. Il faut alors que le peuple la reconnaisse, qu’il passe de la rébellion à l’écoute.

Le livre de l’Apocalypse (10, 9) reprendra le thème du livre que le voyant doit manger : la connaissance de la Parole de Dieu sur l’histoire garde ce double goût : terriblement amer (guerres, maladies, mort), et pourtant doux comme le miel, car Dieu n’abandonne pas ceux qu’il aime et les accompagne au milieu des désastres et des périls.

 

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